Derrière les poteaux : Du combat #21
Publié le mercredi 15 mars 2017 à 06:00

Pour son deuxième match d'affilée à Amédée Domenech, Brive ne peut se relacher car après Toulon, c'est Toulouse qui arrive en ville. Un nouveau gros combat est au programme. Tout le monde (briviste) attend une victoire du CAB. Elle va mettre du temps à arriver mais pour une validation du prochain Top 14, on peut bien patienter 80 minutes.

Les avants du CA Brive tentent de faire plier les avants du Stade Toulousain en force

 

Le stadium Amédée Domenech affiche une belle affluence en cette soirée quasi printanière. Avec le beau temps les pesages se sont bien remplis. Nous ne ferons pas un guichet fermé mais je prends le pari avec mon fiston que nous serons douze mille. Tandis que les gradins bruissent tels une énorme ruche, nous observons la fin de l’échauffement. C’est que ça cause niveau sélections internationales côté toulousain. Le banc haut-garonnais arbore aussi une sacrée allure. La tension monte tranquillement, les golgoths continuent de s’échauffer, les visages sont concentrés, chacun sait ce qu’il a à faire, chacun sait quel challenge ça va être, chacun sait qu’une victoire est synonyme de maintien, même si d’un point de vue mathématique rien ne sera définitif.

Dès les premières minutes l’ambiance est très enlevée, la clameur provient de la tribune Pébeyre, cet immense paquebot couché sur le flanc et qui gronde, chante, scande. La puissance sonore de cette tribune est impressionnante. Mais nous autre, les fiers à bras de la petite tribune Sud ne nous en laissons pas compter. Non mais ! Sur le pré le combat est déjà âpre, les avants s’affrontent et se font des mamours. A une place sur ma gauche, je remarque deux supporters toulousains. Un couple. Nous communiquons par le regard et puis finalement nous finissons par parler un peu. On se chambre un tantinet (normal), on parle un peu des joueurs en vue dans les deux groupes. La pénalité que passe Flood fait se lever les deux supporters qui brandissent bien haut leurs bras levés, mais c’est l’écho qui leur répond et ils constatent qu’ils sont bien esseulés ici, en tribune Sud. Le gros de la troupe noir et rouge s’est rassemblé à la pointe nord de Elie Pébeyre, nous l’entendons par moment lancer des « Toulousains, toulousains … ».

Sur le pré ça ne fait pas de détails, les corps se télescopent, se percutent, se découpent. Les toulousains ne sont pas venus trier les lentilles c’est certains. De toute façon ici c’est plutôt les châtaignes. En face, les zèbres ne broutent pas le gazon et ne s’en laissent pas compter. La Corrèze est moins large que la Garonne, certes, mais elle est intrépide et descend du Plateau, et sur le pré, nous constatons à chaque placage le côté « sauvage » du Plateau de Millevaches qui ce soir, mérite plus le nom de Millezèbres.

Tout va plutôt bien pour le moment, entre les poussées de fièvre du public très chaud et les envolées de l’attaque briviste, nous nous sentons plutôt sereins. Et puis stupeur ! Boumbadaboum ! Comme contre Toulon, un ballon perdu aux abords de la ligne d’essai adverse est projeté par les visiteurs et malgré une défense teigneuse de la part de Masilevu et Namy le ballon parvient entre les poteaux noirs et blancs, comme une offrande dans les pognes de Bézy, non pas celui-là, le frangin. Coup de tonnerre, coup de Trafalgar, pas étonnant, avec un anglois à l’ouverture … En trois minutes le CAB se retrouve à dix points. Dur, très dur. Et la cavalerie du banc toulousain n’a pas encore chargé.

Sous les acclamations des supporters, Sisa fait du Sisa, Luafutu nous offre une prestation énorme et toute la première ligne semble prendre la mesure de la mêlée adverse. Karlen Asieshvili, ce joueur solide comme un roc, ce gars dont on parle trop peu, fait le boulot comme peu de piliers savent le faire. Je ne sais même pas si quelqu’un a réussi à le plier cette saison. Plier 120 kilos de barbaque, c’est toujours un challenge, surtout de la barbaque made in Géorgie. Tiens, en parlant de Géorgie, au premier rang de notre tribune, à dix mètres de nous, se tient en toute discrétion un grand monsieur de la mêlée briviste. Goderzi Shvelidze assiste au match, il affiche une mine superbe et tient la forme. Je me lève pour aller lui serrer la main, une main puissante qui étoufferait un rhinocéros, et un sourire qui ferait fondre la banquise.

Au retour des vestiaires on serre les fesses, les mains, les dents, bref, on serre tout ce qu’on peut. On craint le banc toulousain, mais on se rassure en regardant le nôtre qui porte beau aussi. D’entrée de jeu nos coujoux enfoncent les lignes adverses, et c’est un combat dantesque. Sur la ligne médiane c’est une boucherie, de notre emplacement nous entendons les impacts, « c’est du brutal » comme dirait Lino Ventura dans les Tontons flingueurs. Ça découpe, ça fauche, ça défonce, Saïd Hirèche se multiplie et montre l’exemple, Johan Snyman fait aussi beaucoup de mal, Sisa est déchaîné et surmotivé par les supporters qui scandent des « Sisa, Sisa … » à tour de bras. C’est devenu un jeu entre nous et lui. Plus notre banc entre en scène plus les lumières s’éteignent côté toulousain. On s’énerve, on conteste les décisions de monsieur Minery qui est un peu dépassé il faut bien le dire. Au métier, à l’usure, peu à peu, comme un torrent érode la roche millénaire, les forces vives du CAB ronge son adversaire qui recule, faiblit, commet des fautes. Nous sommes de nouveau devant au score, mais les fesses sont toujours serrées, c’est quand-même Toulouse en face. Sur une action de classe tout peu chavirer. Les deux supporters haut-garonnais affichent une mine pas rassurée, ils voient bien que leur équipe souffre, et le carton sévère sur Tobby Flood finit de leur mettre la tête au fond du seau. L’arbitre, en capitaine Achab d’un soir, harponne Tobby Dick pour de bon, hop …au vestiaire. Si on ne peut plus essuyer ses genoux sur le dos du neuf adverse où va-thon je vous le demande ma p’tite dame ?! (Bon j’admets, pas terrible ce jeu de mots, Tobby Dick, où va-thon …mouais …admetthon).

A la 76e minute la colère me prend. Faire entrer en jeu notre capitaine emblématique pour 4 minutes c’est vraiment du foutage de gueule et un manque de respect flagrant. Je le dis comme je le pense. C’est petit, mesquin, pas à la hauteur. Minable. Et c’est pareil pour le traitement réservé à Thomas Laranjeira. Après le beau match contre Toulon (où le staff a bien été content de le trouver), il cire le banc et n’entre même pas en jeu cette fois-ci. Ce joueur talentueux va finir par se lasser, et il aura raison. D’autres équipes sauront le faire jouer et à sa juste valeur. Et là nous pleurerons la perte d’un pur produit du club.

L’ultime mêlée, bras cassé pour nous, JB propulse le cuir dans la bouche béante de la tribune Elie Pébeyre qui exulte. Nous avons battu Toulouse, ou plutôt To loose (dans la langue de Shakespeare). C’est gagné, la saison prochaine nous serons en Top 14, et nous jouerons contre le Racing Français, ou le Stade 92, je ne sais pas trop, mais ça, c’est une autre histoire … (de gros sous) …

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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Classement Top 14 Pts
1 La Rochelle 85
2 Clermont Ferrand 78
 
7 Stade Français Paris 59
8 Brive 58
9 Pau 57
 
13 Grenoble 38
14 Bayonne 30
Classement Top 14 complet
Résultats Journée 26
Brive 33 27 Castres
Montpellier 27 26 Stade Français Paris
Racing 92 22 20 Bordeaux
Grenoble 53 21 Lyon
Toulon 32 12 Pau
Toulouse 40 12 Bayonne
Clermont Ferrand 30 26 La Rochelle
Résultats Top 14