Derrière les poteaux : Amédée Dominical #54
Publié le mardi 10 septembre 2019 à 06:00

Pas grand chose ou presque n'a changé au Stadium cet été. Sur son nouveau terrain de jeu, Brive n'a pas l'intention de céder du terrain et veut profiter de la venue de l'ASM pour entrer de plein pied dans ce Top 14.

L’histoire retiendra que le premier match joué sur la pelouse hybride du zébrium l’aura été face à nos meilleurs ennemis du pays des volcans. Pour eux, ces jaunards qu’on aime bien quand même, offrir cette pelouse neuve pour jouer c’était comme dérouler le tapis rouge. Finalement, un club relégué n’est vraiment de retour en Top 14 que lorsqu’il joue sont premier match à la maison, dans cet environnement que les joueurs connaissent bien, avec ces petites choses presque invisibles ou inutiles qu’ils voient à l’entraînement, avec ces sons particuliers qui viennent faire comme des fleurs aux oreilles. Jouer à domicile c’est d’abord jouer dans son jardin, avec les quatre coins bien à leur place, entre les perches tremblantes dans le vent, à l’ombre allongée de la grande tribune Pebeyre le matin, quand le soleil se hisse à la force des bras vers le firmament.

Mais c’est aussi une énorme pression, surtout quand le compteur de points est bloqué à zéro et que les deux premières prestations à l’extérieur sont à oublier tellement elles étaient imparfaites et décevantes. J’ai toujours été partisan de dire les choses comme elles sont, et à défaut, de les formuler comme on les ressent (ce qui peut faire une différence). Quand l’équipe déçoit, il faut le dire ; il faut le dire avec autant de verve et de force que lorsqu’elle donne satisfaction. Dire les choses quelles qu’elles soient est toujours d’un grand bénéfice. Une équipe, un groupe, un collectif ne progresse jamais dans l’autosatisfaction permanente ni dans le soutien aveugle et inconditionnel de ses supporters. La critique gratte là où cela fait mal, elle contraint à faire mieux, s’interroger, progresser. Encore faut-il que les mots choisis soient respectueux, que les formules et les images bombardées sur les réseaux (a)sociaux soient courtoises et justes, et que les mauvais moments ne fassent pas perdre la mémoire des bons. Comme vous, j’ai lu, un peu effaré (mais pas étonné), les monceaux de détritus déversés sur les joueurs après Pau et Agen. Les mêmes crétins qui se gaussent aujourd’hui de la belle victoire, et qui vomiront encore à la prochaine défaite. Je pense que, entre les deux, il existe un juste milieu.

Le supporter possède souvent une bonne dose de versatilité, il se montre affreux et sans pitié dans la défaite de ses joueurs (en général c’est l’équipe qui perd, jamais le supporter) et dithyrambique et dispenseur dispendieux de superlatifs lorsque ça veut bien gagner (là, le supporter croit souvent avoir jouer un rôle).

Lors de ce beau dimanche couvert de soleil, on avait fait les choses bien. Quelqu’un avait tiré une immense couverture bleu azur à perte de vue au-dessus du stadium Amédée Domenech et qui débordait jusqu’aux confins de la Corrèze. Certainement que les zèbres avaient un peu la trouille avant la rencontre, les jaunards, même dépouillés de leurs internationaux, c’est jamais simple et c’est parfois pire qu’avec. Certainement que ce groupe qui se découvre encore, ces joueurs « petit poucet » du championnat se sont dit certaines choses fortes dans les vestiaires, ils ont peut-être fait des promesses, pris des engagements de combat et de solidarité, ces deux ingrédients indispensables pour envisager de gagner. La saison 2017/2018, ils avaient souvent formulé des promesses qu’ils n’avaient quasiment jamais tenues, cette année, c’est une autre histoire. Après les ratés des deux premières journées, le CAB était déjà sur la sellette, en disette de points, lanterne rouge menacée de naufrage rapide. Il fallait absolument gagner sous peine d’initier une série noire de défaites.

Les joueurs ont eu des nerfs, cela s’est vu dans la discipline remarquable dont ils ont fait preuve. Cela s’est vu dans la qualité des passes et dans leur vivacité. Cela s’est vu dans l’énergie qu’ils ont mis dans les mauls, les mêlées. Cela s’est vu dans l’engagement en défense. Cela s’est vu dans l’agressivité employée dans les rucks. Cela s’est vu dans l’audace offensive et en conquête. En fait, cela s’est vu presque partout sur le terrain. C’était beau, et les supporters s’en sont gavés de ce jeu rapide et inspiré, ils n’ont pas boudé leur plaisir, tout le monde s’est régalé. Et que dire des téléspectateurs qui ont regardé le match, tous ces gens qui soutiennent une autre équipe, cela à dû leur donner une bien meilleure image que celle, déplorable, qu’ils avaient du CAB lors de la précédente saison dans l’élite, avec ce jeu misérable, cette stratégie absente, ce copinage qui tirait vers le bas.

Aujourd’hui tout est différent, des personnes sont parties, d’autres les ont remplacées, et cela apporte de l’air frais et de la dynamique. Mais l’équipe conserve néanmoins un défaut. Cette manie à ne pas tuer les matchs. À la 31ème minute, au score de 22 à 7, le groupe s’est calmé, au lieu de donner le coup de grâce il s’est replié en défense comme s’il y avait réellement un mur d’enceinte sur le terrain qui allait les protéger. C’est alors que le stadium a pu célébrer une vieille tradition, pas la meilleure, celle de finir la rencontre avec le cul serré et le ventre noué.

Finalement tout est rentré dans l’ordre par la volonté des avants et le pied chirurgical de Thomas Laranjeira (je ne vais pas rappeler ici les critiques dont il a été victime il y a deux saisons…). Le couteau suisse-roue de secours s’est transformé en canonnier indispensable et fiable, le même qu’il était lors du début de saison 2012/2013 en ProD2 et aussi après mais que beaucoup ne voulait pas voir.

Désormais la saison est lancée, le CAB a montré qu’il n’avait pas à rougir, qu’il n’avait pas à faire de complexes. Nous sommes là et bien là, et venir en Corrèze ne sera pas une balade bucolique.

Attention toutefois à ne pas s’enflammer, il faut confirmer, tenter de gagner partout et nous ferons les comptes à la fin. Comme le disait quelqu’un de bien « visez la lune, si vous la ratez, vous toucherez les étoiles ».

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
A lire aussi sur allezbriverugby
Classement Top 14 Pts
1 Montpellier 81
2 Racing 92 80
 
13 Oyonnax 39
14 Brive 36
Classement Top 14 complet
Résultats Journée 9
Toulon 19 19 Montpellier
Castres 28 26 Brive
Bordeaux 23 0 Agen
Bayonne 3 9 Pau
Toulouse 34 8 Clermont Ferrand
Lyon 45 17 La Rochelle
Stade Français Paris 9 25 Racing 92
Résultats Top 14