Brive devra tirer les leçons d'un exercice loin des attentes de début de saison
Publié le mercredi 8 juin 2022 à 15:00

Le maintien a été long à obtenir et il a fallu attendre l'ultime journée pour voir Brive valider son maintien en Top 14. Si le dénouement est heureux, il ne doit pas faire oublier la saison. De nombreuses alarmes sont déclenchées et il faut trouver un moyen pour les arrêter au plus vite.

 

Un discours brouillon en interne. La saison n'avait pas encore démarré que le flou régnait déjà à l'intérieur du club. La direction (Simon Gillham et Xavier Ric) annonçait vouloir viser la 8e place et l'équipe (Saïd Hirèche) annonçait vouloir viser un maintien rapide et avec la manière. Les deux ont eu tout faux mais vouloir viser la 8e place était utopique en raison du budget (17 millions d'euros), du recrutement (seulement 4 arrivées et le départ d'Eneriko Buliruarua non compensé) et de l'équipe déjà en place. Autre discours qui ne tient pas la route : la formation. Tandis que d'autres clubs lancent et donnent du temps de jeu à ses jeunes, Brive ne le fait pas (où a passé Renger Van Eerten cette saison par exemple ?). En revenant à l'objectif "8e place", le discours pour les matchs à l'extérieur est-il le bon ? Il semble que non. Si Brive veut grandir, il doit le faire vite, très vite car les autres clubs n'attendent pas et se dotent rapidement de gros moyens (Bayonne annonce 21 millions la saison prochaine). Si Brive ne parvient pas à gonfler son budget (quid des gros investisseurs ?), le seul discours qui sera bon sera : maintien, maintien, maintien. Mais à force de jouer le maintien, les hommes et les discours s'usent et sont moins efficaces. Le changement n'est pas forcément mauvais à chaque fois.

Le staff. Quand les résultats ne sont pas bons, le fusible s'appelle généralement l'entraineur. Beaucoup de critiques et d'interrogations sont présentes vis à vis du staff du CAB. Le jeu a déçu, les résultats ont déçu, l'utilisation des joueurs a déçu. Le recrutement avait laissé perplexe en début de saison (qui derrière Pietro Ceccarelli et Luka Japaridze quand ils sont en sélection ? qui en concurrence d'Hervé ? qui pour remplacer Buliruarua ?). La promotion et l'utilisation des Espoirs posent question alors que le club annonce beaucoup miser sur la formation (et que de nombreux joueurs formés quittent le club comme Simon-Pierre Chauvac, Peniami Narisia, Victor Lebas, Sevanaïa Galala). Ce staff est capable de trouver de belles pépites (Tevita Ratuva, Nico Lee, Hayden Thompson-Stringer, Setariki Tuicuvu) mais le réseau est il suffisamment large pour densifier l'équipe afin de viser autre chose que le maintien ? Le budget se pose également ici car avec 5 millions de plus, on peut recruter d'autres joueurs, plus décisifs. Il manque sûrement quelques compétences dans ce staff pour faire progresser l'équipe (entraineur du jeu au pied ?) mais un staff n'est pas seulement constitué des entraineurs, c'est aussi le staff préparation physique et le staff médical. La préparation physique et le suivi médical a-t-il été optimal et peut-il être amélioré ? Quand on voit que Saïd Hirèche possède le 3e temps de jeu à l'équipe, le tout à 36 ans, peut être serait-il judicieux de faire souffler plus le capitaine briviste ? Par le passé, certains joueurs ont été sur-utilisés jusqu'à un enchainement de blessures. Il serait bien de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

La qualité de l'effectif. Se maintenir à la dernière journée n'est pas dû au hasard. Cela montre bien qu'au niveau du terrain, quelque chose n'a pas fonctionné. A l'issue de la saison, l'attaque briviste fait grise mine dans plusieurs secteurs : 13e en points marqués (4 points devant Biarritz) et 14e en essais marqués (44 essais marqués), sans oublier un pourcentage de 69% des buteurs brivistes. Oui, les blessures n'ont pas aidé, les baisses de niveau de plusieurs joueurs aussi mais c'est le cas chaque saison. Brive n'a pas l'effectif d'autres équipes qui peuvent faire tourner sans perte de niveau. Brive reste tributaire du niveau de certains joueurs qui vont faire progresser l'équipe. Est ce que cet effectif va rester suffisamment dense pour continuer à lutter pour le maintien ou à viser plus haut ? Pour aller plus haut, il faudra sûrement faire venir d'un calibre différent comme l'ont été des joueurs comme Adam Eaton et Victor Vito à La Rochelle ou Johnny Wilkinson à Toulon. On reste dans l'attente de connaitre les joueurs qui vont rejoindre Brive en plus de Malino Vanaï, Rodrigo Bruni, Abraham Papali'i et Sammy Arnold. On a senti une équipe en difficulté lors de nombreuses secondes périodes. Problème mental ou physique ? L'été dernier, l'équipe a dû apprendre une nouvelle façon de travailler physiquement, on verra si l'an II sera meilleur que l'an I. Cette équipe a de la qualité et est capable de faire mieux que ça, tant en attaque qu'en défense, tant à domicile qu'à l'extérieur. Avec un changement de discours et d'entrainements ?

Le public. Oui, le public s'est mobilisé pour aller à Perpignan et au Stade Français. Oui, la rencontre face à Toulouse était à guichets fermés. Oui, les tifos et animations des Afeciounas apportent de la nouveauté. Mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans les tribunes du Stadium. Cette saison, en 10 matchs (on exclut les 3 matchs impactés par des jauges), l'affluence moyenne est de 9631 spectateurs. En extrapolant (9500 pour Bordeaux, 9000 pour Biarritz, 13200 pour Clermont), la moyenne monterait à 9854. Et cela resterait malgré tout en dessous des 10 000 spectateurs de moyenne. La campagne d'abonnements a souffert avec un peu plus de 5000 abonnés (jamais le club communique sur son nombre d'abonnés, peut être là aussi un changement à faire dans la communication) mais le public reste massivement intéressé par 2 rencontres qui gonflent les chiffres : Clermont et Toulouse. On évitera de parler de la Challenge Cup qui intéresse pas grand monde et qui ne permet pas de garnir la caisse. Pour la saison prochaine, l'annonce des recrutements peut booster les abonnements et au final l'affluence. On verra si le CAB parvient à regagner les 1000/1500 spectateurs perdus avec le Covid ou s'il y a un désamour réel. En tout cas, c'est sûr : Brive n'est pas le meilleur public de France (à bon entendeur).

En conclusion

Passer la joie du maintien, il faut faire le bilan et ce bilan n'est pas forcément glorieux pour le CAB. Brive avait bien démarré mais a connu plusieurs creux, un sursaut un février-mars avant de replonger sur la fin. D'un objectif variant en fonction des personnes à un recrutement qui laisse perplexe sans oublier des performances sur le terrain pas toujours à la hauteur, le CAB a déçu cette saison. Il reste peu de temps finalement pour tirer les conclusions et apprendre de ses erreurs avant le début de la saison prochaine. Le train du Top 14 va très vite et les brivistes n'ont pas de marge pour continuer à s'accrocher à ce train. Tout doit être revu à la hausse (budget, effectif ...) sous peine de revivre une nouvelle saison galère sans peut être de dénouement heureux à la fin.

 

Rémi Brazon, Rédacteur
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Classement Top 14 Pts
1 Castres 76
2 Montpellier 74
 
11 Stade Français Paris 50
12 Brive 46
13 Perpignan 43
14 Biarritz 24
Classement Top 14 complet
Résultats Finale
Castres 10 29 Montpellier
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