Derrière les poteaux : Tour de magie #38
Publié le mardi 1 mai 2018 à 06:00

 

Samedi, Brive jouait le match de sa survie. Une défaite et l'affaire était dans le sac. Tout le monde est KO mais est ce réellement le fait de la relégation ou des commentaires post-match ? C'est une question qu'on peut se poser mais les supporters attendent du changement et vite.

L’homme offre son crâne dégarni à la lumière diaphane des projecteurs. Il regarde ailleurs. Il prend un air inspiré, puis compassé. Il a du métier, il sait y faire, il en a endormi d’autres plus retords. Il est seul sur la scène et fait son spectacle. Les gens qui l’ont vu disent que c’est un incroyable illusionniste, capable de faire passer de l’eau pour du vin grand cru, des défaites pour des victoires, des vessies pour des lanternes, des supporters pour des cons et des zèbres bondissants pour des chevaux fourbus. On dit de lui qu’il est le descendant du grand Houdini, qu’il est capable de faire disparaître un club de Top 14 en un claquement de doigt. On raconte à Paris qu’il serait anglais, mais l’homme est un orfèvre en imposture et il se peut qu’il soit d’un pays inconnu, d’une contrée mystérieuse où le mensonge est la valeur étalon, où le mépris est la monnaie en vigueur. Il se murmure que l’individu maîtrise parfaitement l’hypnose et qu’il faut se méfier quand il vous fixe de son regard torve en bougeant ses mains étiques devant vous. Il se prend pour un Jedi, mais il est plus proche du Sith, sauf que le seul côté obscur qu’il parvient à fréquenter est celui de la farce. Mais ne soyez pas dupes, son pouvoir de nuisance est grand. En deux petites saisons, sous ses airs Palpatiniens, il a fomenté la trahison et a effacé de la carte rugbystique une région tout entière, une citadelle pourtant historique qui avait des valeurs et des arguments.

Dans son repaire de l’Olympia, il fourbit de nouveaux mensonges, cherche des coupables à livrer à sa place à la vindicte, il façonne de nouvelles trahisons, promet un nouveau projet alors que personne n’a vu son précédent dont il vantait pourtant les qualités. Mais le personnage possède plus d’un tour dans son sac, et il n’est pas encombré par les scrupules ni la décence, et l’honneur est un mot qui a déserté son vocabulaire d’affairiste depuis des lustres. Il a des allures de coucou déplumé, il a investi le nid Amédée Domenech et ne compte pas le rendre à ses véritables propriétaires, nous les supporters.

Et voilà qu’au soir du désastre annoncé, il se présente devant les caméras l’air affligé, pour faire semblant d’assumer. Sauf qu’il n’assume pas puisqu’il dit qu’il reste. Et pire, il pousse l’ignominie à renouveler sa confiance aux participants du fiasco. Donc il dit avec son phrasé étudié et son débit monocorde qu’il reste, qu’on ne change rien, que tout va bien. Il ne craint rien ni personne et en profite pour entonner une nouvelle version de « Responsable mais pas coupable ». Moi je dis qu’il est « Coupable et irresponsable ».

Il a remonté le club et pour cette raison nous devrions être ses débiteurs pour l’éternité ? Le type a bien bossé au début, il a redressé la barre qui était bien tordue, et il compte s’accrocher à cela pour faire oublier tout le reste, son absence permanente, son aveuglement, son manque de réaction et même carrément sa pathétique passivité. Il se raconte qu’il n’existe peut-être pas, que c’est un hologramme ou un phénomène ectoplasmique, qu’il n’est qu’une enveloppe d’air et de vent, et que les mouches peuvent le traverser comme on transperce la brise du matin. Je ne sais pas ce qu’il est réellement, j’ignore ce qu’il pense, je m’en moque. Ce que je vois, c’est un Messmer de pacotille dont les tours de passe-passe ne fonctionnent plus, presque tout le monde voit les trucs, toute la machinerie qui se cache derrière le beau rideau noir et blanc. Tout n’est qu’illusion, une sorte de matrice, et cela a été suffisamment bien fichu pour fonctionner un temps. Un temps révolu depuis deux ans.

Le magicien ose encore, mais les badauds n’y croient plus. Ils se détournent, ils voudraient lui jeter des tomates pourries, mais ils sont civilisés, une chance pour lui. Alors il pense dans son esprit autocentré qu’il peut encore renverser la vapeur, il se dit qu’en faisant diversion les supporters se feront avoir encore une fois. Le pire c’est que ça peut marcher, je vous l’ai dit, il est puissant dans le mensonge et l’onirique. Mais l’homme vient du monde des grands patrons, ceux qui décident, ceux qui ne se trompent jamais, même quand ils ont tort ils ont raison. Article premier du code puissants. Donc il n’entend pas, il n’écoute pas la grande et vaste colère qui déferle. De son piédestal il se positionne d’office en « Sachant », lui sait, nous nous sommes des cons. Lui seul détient les solutions miracles, et si elles n’ont pas fonctionné cette saison c’est la faute « des autres ». Combien faudra-t-il de Philippe Carbonneau pour qu’il quitte son trône de falsificateur et de fantôme ? Combien de désillusions imposées aux supporters pour qu’il s’en aille sans se retourner ? Combien de larmes amères d’enfants et d’adultes pour qu’il reparte dans le bureau parisien qu’il n’aurait finalement jamais dû quitter ? Ce soir je pense en particulier aux clubs de supporters, ceux qui ont toujours été là, qui ont sillonné la France et même l’Europe, ils ont été trahis.

La saison dernière annonçait le désastre et Allezbriverugby et beaucoup d’autres l’avaient répété. Ils ont été ignorés, superbement, avec le mépris qui sied à sa caste suffisante et s’étouffant dans sa fatuité. Cette saison n’a été qu’un interminable chemin de croix, et Amédée Domenech son Golgotha final. Malgré six défaites de rang pour inaugurer la saison, aucune réaction, juste de belles paroles plus usées que le pagne d’un serf chenu. « Tout va bien », « ça va bien finir par s’arranger », « il reste beaucoup de matchs », « je conserve ma confiance dans ce staff », « on s’est menti », « les joueurs avaient la tête au match suivant », « j’aimerais bien qu’on commence à gagner des matchs », j’en passe et des plus truculentes. L’homme a été en-dessous de tout et il demande à rester avec toute son équipe. Tout juste accorde-t-il un rafraîchissement du conseil d’administration, la blague ! Comme si les gens du conseil étaient les premiers responsables. D’ailleurs qu’attendent-ils, dans ce conseil d’administration pour lui signifier la fin de son mandat catastrophique ? Que nous soyons en fédérale ?

Imaginez. Vous vous rendez souvent dans un restaurant. Cet établissement vous le connaissez bien, vous l’aimez, parce qu’il contient des images, il est attaché à des souvenirs, vous y alliez avec vos grand-parents, vos parents, quand vous étiez gosse. Les repas étaient très bons, l’ambiance excellente. Les locaux étaient un peu vieillots mais ça faisait partie des souvenirs. Fréquenter cet endroit est un vrai bonheur, il y a les odeurs, les sons, les visages, tant de souvenirs, une grande histoire. Et puis un jour la bouffe devient dégueulasse. Vous êtes patients parce que cet endroit vous l’avez dans la peau. Un an passe, puis deux. La bouffe devient affreuse, le service déplorable. Vous faites quoi ? Il y a des chances pour que vous quittiez à grands regrets ce restaurant, jusqu’à qu’une nouvelle équipe arrive aux commandes avec de nouvelles méthodes, des idées fraiches, et du respect pour les clients. Alors vous ne revenez plus dans ce lieu qui vous a rendus si heureux tant que les responsables de la décrépitude ne sont pas partis. C’est normal. Certainement que vous garderez un œil attendri sur l’estaminet, parce que vous l’aimez et vous espérez pouvoir y revenir vite. Les vieux murs vous manquent, l’ambiance aussi, les photos encadrées pareillement. Puis un jour l’équipe change, et vous revenez le cœur gonflé de joie. Le restaurant a dû réduire la voilure, il y a moins de tables, moins de menus, mais ce n’est pas grave. Vous allez de nouveau le fréquenter avec assiduité et vous remonterez la pente ensemble, jusqu’au lustre d’antan.

Avec le CAB ce sera pareil en ce qui me concerne. Je conditionne la reprise de mes deux abonnements au départ du président, au minimum, celui du staff serait bienvenu aussi. Si ces gens s’en vont pas de problème, je continue avec la nouvelle équipe, quelle que soit celle-ci. Mais si ces gens s’accrochent, s’ils restent, je ne reviens pas. Je refuse de cautionner cette catastrophe, c’est comme si je donnais mon aval à ce qui a été fait. Un supporter ce n’est pas un béni oui-oui qui dit amen à tout. Un supporter n’est pas un militant de parti politique qui avale des couleuvres. Un supporter se doit à son club, c’est pour cela qu’il doit dire non quand cela s’impose. C’est douloureux, ça coûte à son cœur noir et blanc, mais c’est pour le bien du club. Dire non revêt un grand pouvoir, ça rend vivant, ça rend fier, ça permet de renverser la table. Ceux qui ont changé le monde n’ont jamais été ceux qui avaient dit oui.

Alors si les indigents restent à leurs précieuses places je ne renouvellerai pas mes abonnements. Cela demande de la volonté et du courage, mais je le ferai, foi de corrézien. Je suivrai les matchs à la radio, sur France bleu Limousin, dans l’angoisse, le stress. Je serai triste, orphelin du stade, mais je le ferai pour mon honneur et pour le club. J’entends déjà les critiques, les qualificatifs de « mauvais supporter ». À ceux-là je réponds que je suis un homme libre, c’est même cette liberté qui me permet de m’exprimer sur ce site. Et j’ajoute que si le monde souffre, ce n’est pas à cause de ceux qui font le mal, c’est à cause de ceux qui les regardent sans rien faire.

Et puis un jour, les menteurs et les imposteurs partiront, et ce jour je le bénirai de toutes mes forces, car ce sera celui du retour au stade. Peu importe la division où évoluera le CAB, ProD2, fédérale, je serai là. Je peux même envisager des déplacements, à Aurillac, à Soyaux-Angoulême, à Montauban.

Les partenaires et les membres du conseils d’administration seraient bien inspirés d’entendre la colère du peuple noir et blanc, et de faire ce qui est juste. De montrer la sortie à quelques-uns. Au risque dans le cas contraire, de se retrouver avec des tribunes bien clairsemées la saison prochaine.

Nous aimons notre club, passionnément, mais nous refusons d’être pris pour des cons juste bons à payer. Le mépris n’a que trop duré, et l’arrogance aussi. Messieurs, faîtes place nette et vous aurez une armée noire et blanche la saison prochaine, prête au combat, qui se mobilisera, qui se déplacera. Nous désirons avec ardeur reconstruire avec de nouvelles têtes, nous voulons participer. Ne vous trompez pas. Allez le CAB !

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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