Derrière les poteaux : Automne #30
Publié le mercredi 8 novembre 2017 à 06:00

La belle saison est terminée, désormais il faut se serrer pour éviter de prendre froid. Dimanche, il n'y a pas eu que le vent qui a fait trembler les supporters du CAB mais aussi et surtout le scénario de la rencontre. Cette victoire est peut être le début de quelque chose.

Il y a quelque chose de creux dans la personne de l’automne. Comme si un élément vital se retirait doucement, à la manière de la marée. C’est un peu de vie tout de même qui disparaît, dans un bruissement, dans un élan commun, l’automne est une sorte de vieux pneu qui perd de l’air, doucement, jusqu’à l’hiver. Lorsque nous pénétrons en famille dans « l’Antre », le vent qui balaye les visages et ébouriffe les têtes hésite encore entre brise froide et bise assumée. Mais nous sentons bien que cette fois nous y sommes, dans le sprint final de l’année, cette douzaine de mois qui se cristallisera pour l’éternité sur les ultimes douze coups de minuit de décembre. Nous sommes sur cette pente là. Et le Zébrium est proche de l’hibernation. C’est calme, déjà nous savons que la foule ne sera pas au rendez-vous. Le club va devoir aguicher ferme pour espérer connaître au moins un guichet fermé. L’horaire n’arrange rien, résultat d’une politique grotesque de la ligue qui consiste à baisser son froc devant la volonté de Canal +, au détriment de la santé des joueurs et du confort des supporters qui devront choisir entre petit-déjeuner tardif ou déjeuner décalé. En attendant les stades dans lesquels se jouent ces matchs dominicaux de mi-journée se vident et appauvrissent les finances des clubs.

La grande question est : le Stade Français va-t-il continuer à nous faire voir la vie en rose ? Derrière moi, Edith piaffe d’impatience. La passe de dix est-elle possible ? Le CAB est le zèbre noir du club parisien, mais rien n’est pour autant écrit. Finalement, ce sont 9800 personnes qui sont là, pour se peler le cul sous le vent qui dépouille les platanes de leurs multiples grandes mains colorées. Au bout de six minutes de jeu, nous sommes déjà figés sur nos sièges froids, Paris vient de marquer un essai de plus de 80 mètres. 7 à 0, la tête à Nico. Le ciel se dégage mais pas l’horizon du CAB. Pourtant nous devons absolument gagner, l’emporter qui plus est contre un adversaire direct. Monsieur Cardona galope derrière Sergio Parisse qui lui a subtilisé son sifflet ; une vieille habitude du capitaine lutécien de vouloir arbitrer lui-même.

Sans surprise, nos avants tiennent la baraque, ils s’emploient et se démènent, pénètrent dans le camp des roses et récupèrent une pénalité. Notre tireur d’élite passe le ballon entre les perches qui balancent au gré du souffle divin. S’en suit une succession de turn-over, entre ballons tombés et volés. Peu après la demi-heure de jeu, notre touche vacille et perd sa munition, celle-ci passe de mains en mains et finit plantée dans l’en-but corrézien. Deuxième essai parigot. Une fois n’est pas coutume, comme c’est jour de messe nous dirons parigot tête dévot. Monsieur Cardona court toujours après Sergio Parisse et ne parvient pas à récupérer son bien.

En attendant, le CAB n’a toujours pas retrouvé sa défense, le staff pense à lancer une alerte enlèvement. Si ça se trouve, la défense s’est fait la malle avec le jeu offensif. Je les imagine bien ensemble, sur une plage des Caraïbes, les combinaisons de jeu en éventail. Le public lui, est pris à froid, comme l’huile d’olive, première pression ; mais de l’huile, il en manque pas mal dans les rouages. Mais du courage on en manque pas chez les zèbres, il n’a jamais fait défaut. On peut donc imaginer du troc, un peu d’huile contre un peu de courage, du troc pour choper la trique en attaque c’est la tactique pour jouer sans trac. Et pendant ce temps, monsieur Cardona traque Parisse et son maudit sifflet. Comme à son habitude, l’arbitre meilleur ami de Mourad Boudjellal fait son show, il attire la lumière mais n’en est pas pour autant éclairé. C’est le spécialiste de l’épate, mais l’épate à la Cardona est un plat assez indigeste. Puisqu’on parle de bouffe, avec la bouillie de jeu offensif qu’il propose, le CAB peut espérer attirer un gros sponsor comme Blédina. Bon, soyons patients, le club présente une grosse charrette de blessés, ça ne facilite pas l’alchimie nécessaire pour réussir.

On assiste à un festival de ballons qui tombent, de fautes de mains, de passes à deux mètres de hauteur. L’attaque du CAB joue encore arrêtée, dans ces conditions, impossible de surprendre la défense rose. Comme les vagues de l’océan qui se fracassent contre des rochers antédiluviens, les tentatives locales s’écrasent contre le mur des visiteurs. Puis soudain un éclair ! Ugalde attaque la ligne après un très gros travail des avants et sert Thomas Laranjeira qui après un ultime crochet plante la banderille qui permet encore d’espérer. La corne de brume du Titanic résonne, le paquebot CAB tangue fortement, les galériens rentrent dans le ventre du stade, sous la tribune Europe.

Au retour sur le pré les zèbres échappent toujours beaucoup de ballons. Mais le cœur y est pourtant. Samuel Marques et Benjamin Lapeyre se déchainent. Le demi de mêlée arrivé de Toulouse commence vraiment à bien prendre ses marques (désolé, j’ai pas pu m’en empêcher). Repris de justesse à une encablure de la ligne d’essai parisienne, Thomas Laranjeira tente une chistéra destinée à Da Ros qui finira en touche. Une grosse occasion vient de passer sous le nez des corréziens. Monsieur Cardona n’a toujours pas rattrapé Sergio Parisse….

Mais comme souvent dans la tempête, le phare des gros va illuminer Amédée Domenech. Ils emportent la mêlée adverse et permettent à Marques de faire une offrande à Ugalde lancé comme un zèbre qui a vu une touffe d’herbe verte. Le CAB revient de loin et passe devant au score. Les gradins se réveillent, mais en tribune aussi c’est poussif.

Les parisiens sentent que pour une fois, ils peuvent planter leur bannière dans le gazon de Corrèze, ils jouent le tout pour le tout. Heureusement que Benito Masilevu, revenu d’on ne sait où, chaparde ce qui ressemblait à une balle de match pour les visiteurs. Mais ce n’est que partie remise, notre défense, encore, laisse une porte ouverte et les coéquipiers de Plisson s’y engouffrent pour se rapprocher dangereusement. Mais Plisson est maudit depuis deux ans, un vieux sorcier du Plateau de Millevaches lui a jeté un sort. Deuxième coup de pied raté pour l’ouvreur international. À défaut d’encourager son équipe, le public chambre le malheureux.

Les cabistes sont un peu à l’agonie en cette fin de match étouffante. En tribune, des palpitants jouent des castagnettes, les fesses se serrent si fort que des crampes sont à craindre. Un petit point d’avance, un tout petit point, et les parisiens sont déchainés. Ugalde envoie une spéciale dédicace à Jules Plisson qui se fait contrer sur sa tentative de drop. Quand ça ne veut pas… Enfin, au bout du bout, à l’extrémité du tunnel, surgit la lumière de la victoire, un dernier en-avant d’un soldat rose libère tout le monde. Le miracle est éclatant et immaculé.

C’est officiel, Brive est une ville jumelée avec Lourdes.

D'un point de vue comptable on prend, nous avons restitué la lanterne rouge aux Oyomen. Mais cette prestation n’est pas rassurante pour la suite. Le propre du miracle est de se faire rare, très rare. À la prochaine réception, il faudra compter sur autre chose pour vaincre. L’énorme courage de nos joueurs suffira-t-il ? Difficile de bâtir sur une victoire comme celle-là, mais allez savoir, avec nos zèbres…

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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