Derrière les poteaux : On en a gros ! #16
Publié le mardi 10 janvier 2017 à 05:00

Pour ce premier match de 2017, les supporters s'étaient convaincus de venir au stade voir un beau spectacle, avec un Brive dominateur face à une équipe de Grenoble en position de relégable et déjà dos au mur quant au maintien. Sauf que rien ne va se passer comme prévu. A l'image de Sébastien, ce match a servi de catalyseur pour les supporters du CAB qui en ont gros sur la patate et qui ne sont pas privés pour l'exprimer en direct.

Nouvel essai du FC Grenoble face à un CA Brive qui ne s'attendait pas être autant en difficulté face à l'avant dernier du Top 14

Le premier match de l’année à la maison. Alors que nous nous tenons serré pour nous garder au chaud dans les travées d’Amédée Domenech, nous espérons voir du beau rugby et obtenir un quasi maintien dès janvier.

Hélas, trois fois hélas (comme le nombre d’essais grenoblois samedi). Le CAB nous a servi un plat immonde et indigeste, de la bouillie de rien du tout qu’on n’oserait même pas proposer sur un plateau repas à l’hôpital. Alors on en a gros sire !

On en a gros ! Pourtant nous, les supporters, étions pleins de certitudes. Grenoble, avant-dernier du Top 14, était bien mal en point. En cas de défaite c’était la promesse de la ProD2. Nos guerriers coujoux n’avaient donc qu’à rentrer dans le chou de leur adversaire qui ne pouvaient plus reculer. Tuer le match et engranger de la confiance. En bref, c’était le match « tournant de la saison ». Gagner et se sauver quasiment en condamnant un adversaire direct, et se donner l’aisance nécessaire pour jouer sérieusement l’Europe.

Hélas, trois fois hélas. C’est pourtant une entame très déterminée, au cours de laquelle nous avons vu un CAB conquérant et agressif, un CAB qui a enfoncé la défense iséroise pour se trouver très près de marquer un premier essai, un CAB concrétisant son avancée par trois points, et puis plus rien.

En tribune, on en a gros ! nous assistons sidérés à une partie de coups de pieds ping pong interminable. J’hallucine. Ce match est l’occasion d’assurer le maintien et nous joueurs ne remontent pas un seul ballon, ils redonnent systématiquement des munitions à l’adversaire ; adversaire qui n’en demandait pas tant et finissait, au bout d’une belle action, par inscrire le premier essai de la partie. Stupéfaction, sidération en tribunes. Coup de froid, vague glacière qui vitrifie le stade. Déjà les premières voix s’élèvent « On fait tout pour perdre ce match » « on joue avec le feu » « on va trouver le moyen de se mettre la pression alors qu’on peut gagner ce match » « quand est-ce qu’on se met à jouer ? » j’en passe (après contact) et des meilleures.

Pour moi, ce spectacle pitoyable est une souffrance surmontée d’une grosse dose de frustration. Je croyais que l’énorme déception de Paris aurait servi de leçon au groupe et au staff, que le souvenir de cette crucifixion de la dernière seconde aurait marqué au fer rouge l’âme de nos gars, et que, plus jamais, ils ne gèreraient un match comme un petit banquier de province, dans le confort et en comptant sur la chance.

Là, dans ces mornes gradins dépeuplés, la lassitude est grande. Elle pèse sur nos cœurs, et il en faut de la volonté pour pousser quand-même derrière notre équipe. Qu’est-ce qu’il faut l’aimer ! Nos joueurs ne sont pas en cause, ils font ce qu’ils peuvent, ils s’envoient comme des furieux, dans tous les sens, partout, ça ferraille, ça découpe, ça défend, parfois c’est un peu « sauve qui peut », mais il y a de la solidarité ; au moins il y a ça. Mais c’est comme s’ils n’avaient pas de plan, qu’ils improvisaient. Plusieurs fois, nous avons vu les trois-quarts perdus sur le terrain, ne sachant que faire, balbutiant leur rugby, hésitant, marquant le pas pour finalement rendre le ballon à l’adversaire par un énième et insupportable coup de pied.

Il y a deux solutions. Soit les joueurs n’ont pas envie, et là je n’y crois pas une seule seconde, soit ce triste jeu résulte des consignes du staff. Et là, c’est très inquiétant. Si le staff n’a que ce genre de purge de jeu à offrir, attendons-nous à connaître une fréquentation en chute libre au stadium, car les gens ne viendront pas se peler le cul pour voir un pathétique rugby de tranchée totalement dépourvu d’inspiration et de jeu offensif. Ce groupe me fait l’impression d’une grosse cylindrée qui roulerait avec un pare-buffle et avec le frein à main et sans rétroviseur.

La seconde mi-temps n’est que la confirmation de nos craintes. Le FCG nous enfonce et nous déborde avec du jeu inspiré. Deux essais de plus et virtuel bonus offensif. Quelle offense ! Côté briviste, quelle abomination ce jeu offensif de trois-quarts, d’ailleurs ce jeu n’existe pas. Il n’y a rien, c’est d’une tristesse infinie. Un trou noir à vous rendre dépressif le plus joyeux des personnages de Walt Disney. Des feintes usées jusqu’à la corde connues de toutes les défenses. Un spectacle à se faire suicider une pierre, un jeu à rendre neurasthénique un chimpanzé tombé dans un cageot de bananes.

A ce moment de la partie tout nous semble perdu. Je vois des supporters désespérés tenter de se pendre avec leur écharpe ; en tribune Pébeyre d’autres se tailladent les veines avec leur carte d’abonné. En zone Sud des gens se jettent du premier rang dans le vide, mais la hauteur est insuffisante pour se faire mal. Une rumeur court alors les travées. Des personnes ayant perdu tout espoir seraient en train de se jeter dans la Corrèze au Pont Cardinal, mais il n’y a pas suffisamment d’eau, même la rivière nous trahi. C’est la débandade, l’hallali. Tout est perdu, tout est fichu. Le navire sombre corps et biens, la coque fendue par un iceberg tombé d’un glacier isérois. Le capitaine cabiste, digne et valeureux comme toujours, reste sur le pont tandis que l’orchestre joue jusqu’au bout. Les chaloupes sont à l’amer, bien amer. Du genre qui brûle la gorge. Aux alentours, dans les rues, les chiens hurlent à la mort et les chats huent. Le speaker hésite entre avaler son micro et plonger dans un trou de taupe. La Banda débande et nous ne savons plus à quel saint se vouer ni quels seins tripoter. Les poissons rouges sautent des bocaux et agonisent en espérant entendre les sardines. Gaillard Man avale une boîte entière de cachets, mais fort heureusement c’était des dragées Fuca.

Le plus dur pour nous dans cette histoire, c’est que nous sommes convaincus de la compétence de l’effectif, nous avons les bons joueurs, nous avons de la qualité à chaque poste, et en double s’il vous plait. Et pourtant il ne se passe rien. Pas de fond de jeu, pas de combinaison, pas la moindre continuité dans les percées. Quand « Jerry » Burotu ou Sisa perforent la défense et parcourent des mètres précieux vers l’en-but, il n’y a personne de bien placé, personne pour suivre l’action et la faire continuer. Des questions surgissent. Pourquoi le staff s’entête-t-il à faire jouer deux centres au profil identique ? Ne serait-il pas bénéfique d’associer un perforateur et un créateur ? Surtout que nous les avons ces joueurs-là. Sisa Koyamaïbole, quand il porte le ballon monopolise toujours deux ou trois joueurs adverses, comment ne trouve-ton pas des brèches dans ces moments-là ? Dans les conditions actuelles, pourquoi les bonnes munitions ne parviennent-elles pas à nos ailiers ou notre arrière ?

Notre huit de devant est monstrueux, mais il ne peut pas tout faire, et il va finir par se décourager.

Bien sûr il ne faut pas tirer sur l’ambulance, mais cela fait 18 mois que ça dure, cette stérilité terrifiante de l’attaque en championnat. Combien de temps pourrons-nous donner le change à nos adversaires ?

Samedi seule la chance a fait que la victoire reste noire et blanche. Rien que la chance. Parce qu’objectivement, nous n’avions pas la moindre possibilité de remporter ce match, un match que les grenoblois ont pris à bras le corps. Ils ont joué au ballon, ils nous ont montré comment il fallait s’y prendre pour marquer des essais. Ils étaient nous il y a trois ans. Je tressaille d’effroi en pensant que d’un cheveu, ils rentraient chez eux avec la victoire et le bonus offensif ! Ça n’aurait pas été le même championnat alors !

Bien sûr, beaucoup diront que l’arbitre ne nous a pas aidé. Certes. Mais je rappelle que monsieur Marchat a beaucoup de mérite. C’est le seul arbitre de Top 14 aveugle, et courir avec une canne blanche requiert une sacrée dextérité. En plus il doit surveiller son chien pour éviter qu’il ne morde les joueurs. Heureusement, il y a des assistants en touche pour limiter la casse, et pour les deux équipes.

Ce matin je ne suis toujours pas apaisé. La frustration et la colère peuvent occasionner des dégâts immenses sur l’être humain, leur travail de sape ne connaît pas le repos, lentement, elles forent notre âme, creusent nos méandres et déposent, dans les anfractuosités de nos sentiments, les graines de la discorde et du malheur. Alors je vais méditer, essayer de pardonner (et ce n’est pas mon point fort). Je me dis que ce n’est qu’un jeu, mais je me dis aussi que samedi, on nous a pris pour des cons.

J’ai une grosse pensée pour nos joueurs, ils savent que nous les aimons, et ils doivent être aussi traversés par les mêmes sentiments dévastateurs. Nous les aimons d’autant plus qu’ils gardent en vie le plus petit club du championnat, et malgré la misère de notre jeu, malgré ce désert offensif, nous sommes toujours en Top 14. Samedi, il y avait tant de souffrance sur leurs visages que nous ne pouvions pas les laisser tomber. Et on ne vous laissera pas tomber les gars.

Allez, au prochain match nous serons encore une fois présents, et si on jouait au rugby ?

 

 

Article rédigé par Sébastien Vidal.

Sébastien Vidal est un romancier corrézien, amateur de rugby et du CA Brive. Il est l'auteur de Un ballon sur le cœur. Si vous ne l'avez pas dans votre bibliothèque, n'hésitez pas à vous le procurer (cliquez sur le lien)

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Rémi Brazon, Rédacteur
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