Derrière les poteaux : Radio Bayonne #19
Publié le mardi 31 janvier 2017 à 05:00

La Challenge Cup avait redonné un peu d'espoir aux supporters brivistes et le déplacement à Bayonne pouvait servir de tremplin pour la suite de la saison. Sauf que patratas, le match replonge Brive dans ses doutes et ses carences. La grogne est de plus en plus bruyante chez les supporters. Sébastien Vidal a un mauvais pressentiment et tire la sonnette d'alarme mais aimerait bien ne pas être le seul à le faire.

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Quel bonheur ! Quelle joie ! Dimanche j’ai regardé le match à la télé et je me suis régalé. J’ai vibré, j’ai hurlé, j’ai tremblé et j’ai crié de joie. Quel jeu, quelle envie, quelle maîtrise !

Cette équipe de France de Hand rend heureux tout un pays, et pour ça, on doit la remercier de toutes nos forces. Et le plaisir a été décuplé en Corrèze, parce que niveau plaisir en regardant une équipe qui joue avec un ballon, on a vraiment pas trop de choix depuis quelques (interminables) mois.

Et oui mes amis, nous étions nombreux à ne pas le sentir ce match à Bayonne. Parce que ça fait des lustres qu’on a pas gagné à Jean Dauger, parce que le match se jouait à l’horaire affreux du déjeuner, parce que notre équipe ne produit rien de beau depuis plus d’un an, parce que enfin, et c’est ça qui m’a foutu la trouille, plusieurs éléments du groupe et du staff avaient commis des déclarations fracassantes d’envie et de motivation. Et à chaque fois que nos zèbres ont annoncé la couleur on ne l’a jamais vue. Je me suis donc collé aux enceintes de ma radio pour écouter Nicolas Blanzat sur France Bleu Limousin. Et oui, si on n’a pas l’abonnement qui va bien sur la bonne chaine (la chaine qui impose ces horaires à la con), il reste la radio !

Donc tout était en place pour un drame en deux actes. Il ne faut jamais vendre la peau du jambon avant de l’avoir fumé, nous le savons pourtant très bien. Mais la mémoire fait défaut à cette équipe, la leçon reçue à Agen la saison dernière n’a pas été retenue. Nous étions revenus les valises pleines de pruneaux. Copié-collé. Et pourtant, nous, les supporters, nous aurions tant voulu y croire un peu. Mais à part quelques rares journalistes naïfs, qui croient encore aux belles paroles ? Qui donne du crédit aux déclarations d’intentions ? Plus personne. Et ça devrait inquiéter les dirigeants, ça devrait interroger le staff, ça devrait faire honte aux joueurs. Parce que se foutre aussi ouvertement de notre gueule est un scandale. Annoncer la couleur alors qu’on a même pas acheté les pots de peintures est une insulte à notre cœur de supporter.

On espérait voir l’aviron bâillonné et on a eu l’aviron déchaîné !

Ce coup tordu, je l’avais malheureusement pressenti après la réception de Challenge Cup, contre les Dragons de Newport (c’est pourtant pratique un dragon pour fumer la charcutaille). Cette victoire était un trompe l’œil, l’immense arbre des avants cachait l’incendie de la forêt des trois-quarts. Et le feu gagne notre huit de devant, à Bayonne, ce sont deux troisièmes lignes qui prennent un jaune pour des fautes pénibles. Quand le cœur n’y est pas …

Que se passe-t-il donc dans la maison noire et blanche ? Quel mal insidieux exsude son poison sans que personne ne réagisse ? Je pense à ce vestiaire briviste du stade Amédée Domenech, cet endroit de légende, où se sont préparées tant de joutes mémorables, où tant de légendes ont lacé leurs chaussures, où tant de serments de courage et d’envie ont été formulés. Ces fameux murs de carrelage d’où résonnent encore les voix des champions qui habitent nos souvenirs pour toujours. Il y a dans ce lieu, ce sanctuaire, mais aussi sur ce maillot, sur ces couleurs, dans cette étoile qui brille sur le logo, un héritage précieux. Aujourd’hui que reste-t-il de toute cette grande histoire ? Des courants d’air de mensonges, des échos malsains de promesses non tenues, des regards fuyants chevauchants des malaises qui traversent les murs tels les fantômes de la descente aux enfers qui nous guette.

Le mal surgit l’année de l’anniversaire du sacre Européen, LE grand moment de l’histoire du club. Que ce moment béni me semble loin ! Que cette période sublime me semble incroyable, au point de croire que nous avons rêvé tout cela. Et le pire, ce qui fait le plus mal, c’est que cet anniversaire sacré dans nos cœurs est bien mal préparé, bien mal célébré. D’abord par une soirée mondaine qui ne dit pas son nom à l’espace Derichebourg. Ensuite par une grande fête populaire soi-disant prévue lors du quart de finale européen à domicile qui n’aura donc pas lieu. (Hé oui, quand on est des pros de l’organisation et de la communication, on ne prévoit pas un évènement sur quelque chose qui n’est pas garanti).

A quoi ressemble le projet du club ? Stanley Kubrick nous avait offert 2001 l’odyssée de l’espace, Simon Gilham va-t-il nous proposer 2020 l’odyssée du vide ? Entre les deux il y a une sacrée nuance.

Notre maison briviste brûle et les dirigeants semblent regarder ailleurs. Et pratiquer la langue de bois n’arrangera rien, car le bois, ça brûle très bien.

Il y a des questions en suspens. Philippe Carbonneau a-t-il les moyens de travailler ? Est-il écouté ? Nicolas Godignon a-t-il une attitude dogmatique et hégémonique ? Que se passe-t-il avec Didier Casadéi ? Enfin, que se passe-t-il avec NOTRE Arnaud Méla ? capitaine courage, joueur désormais légendaire dont nous sommes très fiers, homme de valeurs et de principes qui n’a jamais triché avec le maillot noir et blanc sur le dos. Pourquoi est-il traité de la sorte ? Y a-t-il des dissensions ? Certains égos font-ils de l’ombre à l’avenir du club ? Des intérêts particuliers priment-ils sur l’intérêt général et celui du club ?

Les joueurs sont clairement en souffrance, et nous, les supporters, souffrons aussi. Terriblement. Nous voudrions tant être fiers de notre équipe, bomber le torse dans la rue au lieu de filer piteusement avec le drapeau bien planqué sous le manteau. Le cercle vicieux qui s’est enclenché n’engendre rien d’autre que de la douleur et des dégâts. De la frustration et de l’amertume, sur le terrain et en tribune. Je n’arrive pas à en vouloir aux joueurs, parce que je les aime. Certainement que quelques-uns sont en dedans, mais difficile de dire lesquels. Et encore plus difficile de dire pourquoi. Il flotte comme une lassitude dans ce groupe, un groupe qui ne semble bien avancer que lorsqu’il se fait botter le cul. Y a-t-il un problème d’adhésion au projet de jeu ? Quel projet de jeu ? Nos gars ont vraiment l’air de se faire chier sur le terrain. Malgré cela ils s’y filent, mais même quand on veut bien faire, si le cœur n’y est pas, c’est compliqué.

La fin de saison qui s’annonçait plutôt sereine tourne au vinaigre et plus rien ne baigne dans l’huile. La moutarde monte au nez du peuple noir et blanc et la vinaigrette est très indigeste. Le mois du printemps ne va pas manquer de sel …

Ce club donne l’impression de ne se secouer que lorsque ses talons touchent le mur.

Messieurs les dirigeants, le CABCL 2017 est-il un miracle ou bien juste un mirage ?

Ce soir dans le silence de la défaite, j’ai des images de grand gâchis dans la tête. La nuit a recouvert la Corrèze, les étoiles sont bien timides dans le ciel noir charbon. Même celle qu’arbore notre maillot pâlit. Je contemple mon abonnement et je me demande à quoi rime tout cela.

J’ai de tristes pensées pour les femmes, les enfants et les hommes qui coûte que coûte, font la route à chaque match à l’extérieur. Des gens qui ne roulent pas sur l’or pour la plupart, des gens qui n’ont jamais voix au chapitre, des personnes qui ont encore une fois été insultées, humiliées. Des supportrices et des supporters écœurés, qui en ont assez de se faire cracher à la gueule par les excuses toutes faites et bien fades des lendemains de défaites. Attention messieurs les dirigeants, quand les plus fervents n’y croient plus, c’est que le ressort est cassé et que le pire se profile à l’horizon, et si le champagne et les petits fours sont bons en loge, sachez que la soupe est dégueulasse en tribune.

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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