Derrière les poteaux : les mouettes #2
Publié le mercredi 20 avril 2016 à 12:56

Notre écrivain est de retour et cette fois, il a sorti sa tenue de pluie. Comme 10 351 autres spectateurs, il a bravé la pluie ce samedi pour assister à la rencontre entre Brive et Oyonnax. Un match qui se termine bien avec une large victoire briviste et un bonus offensif acquis en seconde période. Un bon match de rugby. Enfin par moments ce n'était plus vraiment du rugby !

Face à Oyonnax, Sisaro Koyamaibole fait parler sa puissance pour aider son équipe du CA Brive à avancer vers la victoire 

Le ciel dégringole en grosses purges grises et froides. Alors que je progresse vers l’entrée sud du zébrium je me demande si je n’aurais pas dû chausser des palmes plutôt que des chaussures de ville. Sous ce temps d’éponges essorées, je crois un instant, dans un moment d’égarement, entendre des mouettes. Aurais-je fait une erreur d’orientation ? Serais-je allé trop loin vers l’ouest, jusqu’à fouler le sable de Vendée ou sentir les embruns gavés d’iode du Finistère ? Mais je croise trop de bestioles à rayures noires et blanches pour confirmer mes craintes. Je suis bien en terre gaillarde. Les parfums de grillades me rassurent, les saucisses se contorsionnent sur les planchas et les chipolatas transpirent comme dans un sauna. Ce sont les odeurs de la porte sud, celle par laquelle j’entre toujours. Un ami qui m’est très cher m’accompagne. Il s’agit de Christian Laîné, un romancier doué qui vient de recevoir le beau « Prix Panazô » pour son magnifique roman « L’homme libre ». Point de rugby dans son histoire, mais il est question d’amitié, de belles valeurs et de liberté, ce qui lui fait quand-même pas mal de points communs avec le ballon ovale.

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Dans trente minutes le cuir s’élèvera dans le ciel, sauf si d’ici là il nous est tombé sur le coin de la casquette. Nous nous plantons entre la tribune sud et le cargo Elie Pebeyre. Il me semble apercevoir son capitaine qui se prépare à larguer les amarres. Les matelots sont nombreux et peut-être que si, dans quatre-vingt minutes ça veut bien rigoler, ils chanteront en chœur et avec cœur « Du rhum des femmes et d’la bière nom de dieu … ». Les supporters font la queue pour accéder aux gradins, les files se faufilent et filent vers hauteurs effilées au sommet d’Elie Pebeyre. En cas de déluge ils seront à l’abri et pourront assister à la fin du monde sous les airs enjoués de la banda toujours fidèle. Tout cela rappelle furieusement la fin historique du Titanic, sous les airs de l’orchestre qui joua jusqu’à boire la tasse finale. Mais le printemps est arrivé, même trempé, et le pays d’Oyonnax a dégelé, donc pas de risque de rencontrer un iceberg. Mon ami Christian observe les champions à l’échauffement. Il est impressionné par les gabarits, de mon côté j’espère que l’on ne verra pas de gabares débarquer dans le stade. Les impacts et les éducatifs qu’enchainent les joueurs lui paraissent pointus et professionnels, je lui réponds que c’est normal, nous avons un Lucas Pointud très professionnel. Je le désigne du doigt et il me rétorque qu’il semble plus massif que pointu. Reste à savoir s’il sera à la pointe de l’attaque. Il est vrai qu’à force d’être à la pointe on finit toujours par percer, les oyomen auront-ils suffisamment de roues de secours ?

Les joueurs du CAB terminent leur échauffement avant le début de la rencontre face à Oyonnax

Il ne pleut pas beaucoup au moment où les brivistes terminent leur échauffement

Encore ce chant de mouettes évanescent. Je lève la tête. Rien. Juste des nuages plus gros qu’un sumo japonais. Nous gravissons les marches de la tribune sud. Nous retrouvons nos amies et amis, accolades, embrassades, sourires et poignées de main. La tension monte. C’est qu’il nous faut cinq points pour rêver encore aux phases finales. L’adversaire du jour est mal en point mais il nage encore, dans les hautes vagues du Top 14 le navire de l’Ain, malmené tient bon la barre et tient bon le vent …Hissez haut …Santiano …

Le ciel crève comme une vieille baudruche. C’est la douche froide sur Brive la Gaillarde. Deux gars habillés de vêtements sombres s’avancent vers le milieu du pré. On dirait Laurel et Hardy. Ça faisait un bail qu’on n’avait pas entendu parler d’eux ! Depuis le temps qu’ils n’avaient pas fait de sketchs ! Mais non, ce sont les Chevaliers du Fiel qui viennent donner le coup d’envoi avant de filer aux 3 Provinces faire bidonner plus de deux milles amateurs de blagues grivoises et de portraits comiques plus vrais que nature. On voit tout de suite qu’ils sont de Toulouse, le plus petit des deux tape un vrai coup d’envoi sous les acclamations. Il ne leur reste plus qu’à ramer jusqu’au bord du terrain où le personnel de sécurité leur lance des bouées de sauvetage.

Les Chevaliers du Fiel donnent le coup d'envoi fictif de la rencontre entre Brive et Oyonnax

Coup d'envoi fictif, spectacle : les Chevaliers du Fiel ont tout fait à Brive samedi !

C’est parti, trente rugbymen se mettent à courir après un ballon plus visqueux qu’une morue et muet comme une carpe. D’ailleurs, il me semble voir un aileron découper le gazon détrempé. Non, c’est juste une hallucination. Ça doit être le mal de mer.

En hommage à Renaud qui fait son retour en musique, nos trente enfants en crampons font un clin d’œil à sa chanson « Mistral gagnant » et à la maman de la petite fille de la chanson en « sautant dans les flaques pour la faire râler ».

Le match tarde à se décanter. Les cieux dégoulinent des cohortes de larmes qui suintent entre les monumentaux nuages qui bouchent l’horizon. Le niveau monte, on patauge. Koyamaibole avance comme un tracteur dans un champ gorgé d’eau, il est plaqué et se retrouve la tête sous l’eau. Je vois déjà les gros titres des journaux : un rugbyman briviste se noie lors d’une rencontre de championnat. Heureusement, le colosse a pied ! Le sifflet de l’arbitre commence à rouiller, il va devoir arbitrer avec des signaux lumineux.

A la mi-temps une corne de brume résonne et nous tournons tous la tête en pensant qu’un navire entre dans le port de Brive. Les nageurs de combat rentrent aux vestiaires tandis que je me perds dans la contemplation de la pelouse. Elle semble avoir développé un écosystème particulier. Des grenouilles noires et blanches sautent dans l’en-but tandis que des nénuphars qui, malgré la réforme, ont conservé leur « ph » neutre pointent leur nez aux quatre coins du terrain. Je me demande si les grenouilles savent chanter « les sardines » …

Dans les vestiaires, les joueurs changent de maillot de bain et essorent leurs chaussettes.

Cette fois c’est vraiment le déluge version la mousson en Inde. C’est carrément l’océan qui s’est renversé et qui tombe sur nous. On dispose des hommes en combinaison néoprène et masque-tuba le long du terrain. Il ne faudrait pas qu’un joueur se noie. On se demande si on va jouer avec un ballon ou une bouée. Les guerriers humides reviennent motivés, ils ne veulent pas qu’on dise d’eux qu’ils sont des poules mouillées.

Puis le navire briviste lance ses torpilles, d'abord la Luafutu, de technologie australienne et la Pointud qui perce la défense comme un foret de titane une planche de bois. Enfin, la Tuatara-Morrison achève le travail. Le croiseur du Haut-Bugey prend l’eau de toute part, mais l’équipage se bat sans rien lâcher, il parvient à écoper pour sauver l’honneur par un beau travail collectif qui amène un essai de pénalité. Mais le CAB a douché les oyomen, ils ont bu la tasse et vont repartir bredouille. Rien ne semble pouvoir leur éviter le futur de la Pro D2. Brive et Oyonnax, deux équipes qui ne se sont pas quittées depuis 4 ans. La fin d’une belle histoire. Je lève encore la tête. Toujours ces cris de mouettes … A côté de moi un vieux loup de mer, chandail marinière et casquette sur le coin du front tire sur sa pipe d’un air pensif. Il me chuchote que ça sent le naufrage. Qu’il faut lancer un appel de détresse.

Poutasi Luafutu est félicité pour son essai contre Oyonnax par ses coéquipiers du CA Brive Petrus Hauman, Johan Snyman, Arnaud Mignardi et Teddy Iribaren

Poutasi Luafutu est félicité par ses coéquipiers pour le 2e essai du CAB

Les supporters n’ont pas subi le stress intense du dernier match à domicile, ils sont heureux et trempés. Comme les joueurs qui n’ont plus un poil de sec et des palmes aux mains, ce qui peut aider pour capter les ballons.

C’est le tour d’honneur sous l’hymne marin des sardines. Le CAB ramène cinq points dans ses filets. Vite, filons au chaud, allons déguster un bon plateau de fruits de mer, heu …une bonne farcidure.

 

Article rédigé par Sébastien Vidal.

Sébastien Vidal est un écrivain corrézien, amateur de rugby et du CA Brive. Il est l'auteur de Un ballon sur le cœur. Si vous ne l'avez pas dans votre bibliothèque, n'hésitez pas à vous le procurer (cliquez sur le lien)

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Rémi Brazon, Rédacteur
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