Derrière les poteaux : Nécrologie #35
Publié le mardi 13 mars 2018 à 06:00

A l'issue des 80 minutes, les joueurs étaient KO sur le terrain tandis que de la déception mêlée à de la colère garnissaient les tribunes d'Amédée Domenech. La catastrophe est toute proche et à l'image de Sébastien Vidal, les supporters veulent faire réagir leur club. Quitte à utiliser la méthode (très) forte.

2018 sera donc placé sous le signe du massacre. Le massacre des arbres par le conseil départemental qui s’attache sous l’excuse du règlement et de la sacro-sainte fibre à défigurer notre si beau département. Le massacre du CAB plus que centenaire par une poignée de parvenus méprisants et obtus.

Samedi, alors que le coup d’envoi venait d’être donné, les nuées se sont éventrées, et une pluie diluvienne s’est abattue sur le stade Amédée Domenech. Les plus naïfs y ont vu une métaphore de la mer Rouge qui s’ouvrait en deux et sauvait la vie des potes à Moïse. En fait ce n’était pas ça du tout. C’était une nouvelle version du Déluge, celui qui provoqua l’Armageddon. Mais nous autres en Corrèze, nous n’avons que des gabares, pas en nombre suffisant et pas assez grandes pour contenir toute la création.

Ainsi, la boucle est bouclée (et pas le bouc est bouclé, ne pas confondre). Ironie de l’histoire, c’est par là où nous avons péché toute la saison que nous sommes punis définitivement. Par un énième ballon rendu au pied qui mène à une touche rapide et un plaquage loupé, et pour finir, un essai crucificateur. Toute la saison nous avons tendu le bâton, toute la saison nous avons été copieusement rossés, mais nous continuons dans ce système avec une persévérance qui force le respect.

Si Jésus a, paraît-il multiplié les pains, Nicolas Godignon multiplie les bourdes. De mémoire, je n’ai jamais vu un coach faire preuve d’autant de suffisance et d’entêtement, surtout si près de l’abime. Le parcours de ce monsieur au CAB depuis deux saisons c’est d’abord et avant tout le règne du copinage. Si la plupart des joueurs présents sur le terrain le méritent, une poignée n’y est que parce qu’elle est dans les petits papiers du coach. Dans un groupe de trente-cinq ou quarante hommes, il y a forcément des gars en forme et d’autres pas. Ce sont les aléas du sport de haut niveau ; on fait une grande saison, on marche sur l’eau et l’année d’après on est un peu en-dedans, un peu moins rapide, un peu en retard, un peu moins brillant et inspiré. Une carrière de sportif de haut niveau est jalonnée de hauts et de bas. Nous supporters, serions bien injustes de jeter la pierre à un quelconque joueur pour ses performances.

Là où ce n’est pas normal, là où on touche à l’insupportable, c’est quand les copains, même médiocres, en méforme, jouent alors que d’autres, au placard, leur sont supérieurs. Quand un coach réalise sa feuille de match en partie en fonction des affinités et non par rapport à des compétences et /ou la forme du moment de certains, il va au carton, et il entraine son club et tout une région dans la catastrophe. Déjà la saison dernière nous avions eu malheureusement plusieurs exemples. Cette année c’est pire. Jerry Burotu, Dominiko Waqaniburotu, Julien Ledevedec, Alfie Mafi, Vasil Lobzanidze, Thomas Acquier (liste non exhaustive), tous ont goûté au placard, au frigo et même, pour les plus malchanceux, au congélo. Comment peut-on se priver de ces talents pour de si mauvaises raisons ? On peut même ajouter Philippe Carbonneau qui n’était pas écouté par le coach en chef et réduit au rôle de porteur d’eau. Mais comme on peut toujours faire pire, on a même eu droit au joueur en méforme titularisé pour éviter de faire jouer un mec qui est au congélo. L’hymne du CAB va bientôt être « Les copains d’abord », comme cela nous serons raccord avec la Halle Georges Brassens.

On n'a pas le droit d’en vouloir à un rugbyman de ne pas être à son niveau habituel, le vrai responsable est celui qui l’aligne malgré tout sur le terrain alors qu’il a d’autres solutions. Le résultat on le voit très nettement aujourd’hui. Est-ce que c’est cela le projet Brive 2020 ? Y-a-t-il un projet Brive 2020 ? Nous voyons bien aujourd’hui que ce projet fantôme était un os à ronger, lancé aux supporters. Un os avec pas mal d’anesthésiant.

Mais dans un club normalement constitué et qui fonctionne normalement, il y a des garde-fous. Comme le président qui peut demander des comptes, poser des questions. Mais notre inénarrable président se fourvoie chaque jour un peu plus. Il faut dire que c’est un président « intermittent du spectacle » qui n’est que peu présent et qui s’en justifie en arguant qu’il est bénévole. Peut-être est-il grand temps de lui signifier que nous réclamons un président à plein temps et rémunéré pour cela.

Quand je relie les déclarations d’avant saison de ce même président dans les colonnes de La Montagne (la Pravda locale) « le CAB va proposer un jeu attrayant…nous avons des ambitions » ou bien il y a quelques semaines « je voudrais qu’on commence à gagner des matchs » et quand je lis ses dernières déclarations du dimanche 11 mars « la ProD2 ce n’est pas si grave », je mesure le potentiel comique de l’intéressé. Il n’a plus qu’à se confectionner une marionnette à l’effigie de Jean-Pierre Bourliataud et travailler un peu son jeu de scène, ensuite il pourra faire la première partie de Jeff Panacloc et entamer une tournée d’humoriste de Lima à Paris en passant par les trois provinces.

La vérité c’est qu’une mafia s’est emparée du CAB, elle nous a confisqué notre club et fait n’importe quoi avec. Restant sourde à nos appels, à nos cris, à notre mécontentement. Tout est permis pour garder sa petite et précieuse place, même de couler le club. Et toute la saison ils nous aurons dit en nous crachant à la figure « On est les patrons, on fait ce que l’on veut, contentez-vous de payer et bouclez-là ».

Ce club magnifique est en train de crever de consanguinité. Alors qu’il faudrait opérer un grand renouvellement, ouvrir en grand les fenêtres et les portes pour changer l’air vicié, la direction se crispe et fonctionne uniquement en interne.

Nous avions une belle équipe, jamais nous n’avions eu un effectif aussi homogène et solide depuis la remontée. Nous avions des arguments. Et ils ont réussi à tout foutre en l’air.

Samedi, l’incurie à été jusqu’à changer une première ligne conquérante, qui concassait son adversaire à un moment charnière, le tournant du match. Aucun entraineur de Top 14 ou de Pro D2 n’aurait agi de la sorte dans la situation où nous nous trouvions. Nous sommes la risée du championnat et du rugby en général.

Maintenant il s’agit de savoir de quel matériau est fait un supporter. De quoi vous, nous, tous, individuellement et collectivement sommes faits. Et aussi de connaître votre niveau de tolérance. Un supporter est-il un être dévoué totalement et aveuglément à la cause, une sorte d’ersatz qui obéirait bêtement aux ordres de quelques-uns, des personnes qui ont failli entièrement et ferait tout ce qu’on lui dit de faire (et notamment de la fermer) ; tout cela au nom de la fameuse « union sacrée » qui est bien utile pour éteindre la grogne. Ou bien le vrai rôle du supporter est-il de donner son soutien inconditionnel à l’équipe et aux joueurs et au club, mais de conserver le pouvoir de dire non à ceux qui échouent et intriguent dans les arrières cuisines, de dire quand ça ne va pas, et d’une certaine manière d’exercer une pression ? Je penche pour la seconde solution. Ne rien dire serait participer au massacre, ne rien dire serait accepter le fiasco.

En partant de ce postulat, je vous dis ceci les amis. Si jamais nous descendons, et que les mêmes restent en place, et notamment le coach omniscient et omnipotent, je ne reprendrai pas mes deux abonnements. Pourquoi ? Parce que si je les reprenais, ce serait valider toutes les erreurs commises, ce serait dire « vous avez bien fait, continuez à me prendre pour un con, j’adore ça », et ce serait trahir le club. Le club souffre et espère notre aide. J’attendrais que ce monsieur incapable de reconnaître la moindre erreur, de faire la moindre remise en cause soit parti pour revenir vibrer au stade avec un abonnement. Je suivrai le club ailleurs, devant une télé, l‘oreille collée à une radio, peu importe le moyen. Que certains ne se réjouissent pas trop vite, je continuerai d’écrire, parce que Noir et Blanc toujours. Mais Noir et Blanc d’une autre façon. Et puis un jour je reviendrai, que le club soit en Pro D2 ou en Fédérale n’est pas un critère pour moi, mais je reviendrai devant un autre staff. Et d’après les conversations que j’ai pu avoir samedi avec nombre de supporters, je ne serai pas le seul dans cette posture. Et qu’on m’épargne les clichés de faux supporter et autres absurdités. Nous avons le droit de nous révolter. Ce club appartient à ces dizaines de milliers de supporters qui se sont succédés ici depuis plus de cent années et que nous avons rejoints chacun notre tour, héritant d’un passé, d’une histoire et de certaines valeurs. Et ce club qui est dans nos cœurs, nous le prêtons juste à quelques hommes pour qu’ils le dirigent et en prennent soin. Le CAB est un bien commun à tous, comme l’eau, l’air, la terre et l’amour. Personne ne possède la légitimité de nous le confisquer ou de le dézinguer. Le CAB c’est notre patrimoine.

Alors je connais la réponse du patron. Au mois de décembre il était trop tôt pour agir, et aujourd’hui il va dire qu’il est trop tard pour changer de staff. C’est ça l’excuse ? L’immobilisme est le pire qui puisse arriver à un club. C’était bien la peine de sauver le CAB en 2013, de restaurer les finances, de les assainir, si c’était pour parvenir à ce fiasco. Par entêtement, par orgueil, par refus de se remettre en cause.

Alors en attendant l’inéluctable, je vais savourer ces derniers matchs dans ce Zébrium si décrépi mais si attachant. Trois matchs, voilà ce qu’il me reste avant d’y revenir avant un certain temps, cela ne dépend plus de moi. Trois matchs à vibrer (peut-être), pester (certainement), râler (évidemment), mais aussi et surtout à soutenir ces vingt-trois mecs qui doivent trouver la saison interminable. Que cette trilogie à domicile soit l’occasion pour nous de leur dire qu’on ne leur en veut pas et que, si jamais ils devaient partir pour la plupart à la fin de la saison, nous serons heureux de les revoir bientôt, même sous d’autres couleurs.

Enfin, comment terminer sans parler des décérébrés qui nous font honte dans les tribunes, en pesage. Ces pauvres personnes qui ne peuvent exprimer leur colère et leur bêtise qu’en insultant des joueurs ou des arbitres. En Tribune Sud nous avons notre boulet. Presque au milieu des poteaux, tout en haut des gradins. Ce charlot passe son temps à insulter l’arbitre, certains joueurs, c’est selon. Mais il est incapable d’encourager son équipe, d’applaudir, de se réjouir. Je me demande toujours ce que ce genre de personne vient faire au stade. Comme vous, j’ai visionné la vidéo au sujet de Benjamin Kayser. Nous devons nous montrer inflexibles et impitoyables avec ces comportements honteux. Si nous laissons couler, si le club ne réagit pas, nous finirons par être envahis par ces abrutis, avinés ou pas, ils n’ont pas leur place chez nous. J’espère que Benjamin Kayser ne nous en tiendra pas rigueur, en attendant, la vidéo tourne sur les réseaux et nous fait un tort terrible.

Bonne semaine à toutes et tous, rendez-vous au stadium, on ne lâche rien.

 

Photo : Breniges FM

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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