Derrière les poteaux : Marathon #36
Publié le mercredi 28 mars 2018 à 06:00

La tension était forte avant cette rencontre entre Brive et Agen. Le CAB jouait sa survie dans ce Top 14 plus dur qu'espéré en début de saison. Le SUA ne se déplaçait pas pour offrir un parcours de santé aux brivistes. C'était "la guerre" ! Un match "à la vie, à la mort".

Nous étions comme les grecs massés dans la plaine de Marathon devant l’immense armée perse. La plus grande incertitude planait sur la rencontre des deux cités gauloises qui allaient s’affronter samedi soir. Deux villes en quête de leur lustre d’antan, à la recherche d’une époque où évoquer leur nom mettait des étoiles dans les yeux des minots et faisait trembler les adversaires.

Bien malin le voyant qui aurait pu prédire l’issue du match. Même la grande pythie de Delphes restait muette de peur de se tromper. À Agen, le prêtre ovale lisait dans les viscères du zèbre encore chaud et ne parvenait pas à se décider tandis qu’à Brive, le grand chaman triturait les entrailles du pruneau sans y trouver quoi que ce soit qui puisse le mettre sur la voie. Seul signe encourageant, en fouillant bien la chair sombre du fruit, il tomba sur un noyau…ovale.

Pour tous l’affaire était entendue, il faudrait patienter jusqu’au therme pour connaître la fin. Pour l’occasion, Simonus Gillhamus avait fait le voyage de Lutèce. L’histoire raconte qu’il vient si peu souvent qu’il a eu du mal à retrouver le chemin du zébrium. Lui-même ayant décrété un grotesque « état d’urgence » mais sans prendre la moindre décision, la populace massée dans les gradins restait circonspecte quant au résultat. Après tout, le président possédait peut-être des supers pouvoirs, il a déjà démontré lors des deux dernières saisons sa capacité à devenir invisible, alors avec un peu de chance il pourrait finir par enfin se montrer clairvoyant.

Heureusement, la parfaite et éclatante communication du club permettait de se rassurer…ou pas. Ainsi donc, au sujet de la situation du centurion Godignus, nous restions sur l’information qui annonçait pour le déplacement à Castres, que le celui-ci serait absent des terrains pour ce match là. Quid de la suite ? De quels terrains parle-t-on ? Et depuis ce week-end précis silence radio, nous ne recevons plus rien sur nos téléscripteurs. Sans doute le service communication du CAB tente de lire dans les entrailles d’une taupe capturée sur la pelouse du stadium pour pouvoir annoncer quoi que ce soit qui ne nous fasse pas nous tordre de rire.

Le suspense était insoutenable. Un peu comme les fins de match au zébrium. Personne ne connaissait la stratégie du centurion en second, Didier Casadéis. Allait-il opter pour la technique de la tortue, bien connue des légionnaires brivistes ou bien allait-il surprendre avec une stratégie dont il a le secret ? Personne ne savait. Tout en dégustant une grappe de raisins de Corinthe, je me questionnais. De l’avis de tous, la manœuvre dite « du changement intégral de 1ère ligne avant une mêlée décisive » ne serait pas retentée de sitôt. Il est vrai qu’à défaut d’avoir surpris les colonnes Arvernes elle nous avait laissés sans voix.

Le centurion agenais avait beau la ramener en clamant à ses gladiateurs que c’était la guerre, Casadéis lui répondit simplement : arrête ton char Mauricio ! Ceci étant dit, il était clair qu’il fallait se méfier comme du sénat du général en chef agenais Philippus Sella qui avait en son temps, combattu 111 fois sous les couleurs nationales.

Nul doute que si l’ancien et légendaire capitaine briviste Arnaud Melas avait été encore là, il aurait un peu travesti le célèbre adage en un nouveau : des pains et du jeu.

La foule s’était pressé au colisée local pour voir le match de la mort. C’était vaincre ou périr, c’était gagner ou perdre, c’était stop ou encore. L’envoyé spécial de la ligue ne nous disait rien qui vaille, c’était l’arbitre Raynal et croquemort, l’homme qui enterrait presque toujours nos espoirs de beau jeu et de victoire. Une personne qui faisait sa petite cuisine et n’hésitait pas à mettre en boîte les amateurs de cassoulet et autre petit salé aux lentilles. D’ailleurs de lentilles il aurait eu besoin pour bien juger cet essai briviste parfaitement valable et pas en-avant du tout. Je ne doute pas une seule seconde que la même action réalisée par le Racing ou le Stade Toulousain aurait connu une autre issue.

Finalement, au bout du bout, et non sans trembler, la garnison locale arrachait la victoire et confirmait que le pruneau est indigeste pour le zèbre qui préfère l’herbe grasse des bords de la Corrèze. Que retenir de cette rencontre ? Que l’équipe a envoyé du jeu sur les vingt premières minutes, mais qu’elle a été maladroite. Ensuite les visiteurs l’ont un peu endormie. Je me demande comment nous pouvons seulement gagner de trois points alors que sur l’ensemble du match nous avons détenu le ballon presque 70% du temps. Cette équipe est en reconstruction, elle se cherche et est en quête de confiance. En la matière une victoire en vaut bien une autre et c’est toujours bon à prendre. Sur le fond il y a du mieux, sur la forme c’est encore un peu bâclé.

Je m’interroge néanmoins sur la feuille de match. J’espère que le centurion intérimaire ne va pas tomber lui aussi dans le copinage exaspérant que nous avons connu. Je voulais dire aussi que j’étais déçu de ne voir entrer sur le gazon Florian Cazenave pour seulement six petites minutes. Je trouve que faire entrer un joueur pour une poignée de minutes c’est juste se foutre de sa gueule. Pour qu’un joueur soit impliqué totalement, pour qu’il puisse être dans son match, il doit au moins jouer un quart d’heure. Ces remplacements de toute fin de match ressemblent plus à des calculs destinés à contenter à minima qu’à une réelle envie de renouveler l’effectif sur le terrain. Je sis que c’est une pratique généralisée et pas propre au club, mais ça m’agace.

Mais nous sommes vivants, nous avons une autre finale à jouer le samedi 7 avril, peut-être la plus difficile des quatre qui restent. Pour un tel match, il nous faudra tout le monde, sur le pré et en tribune, et il nous faudra comme samedi dernier, un grand Saïd « Léonidas » Hirèche.

 

 

Photo : Breniges FM

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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