Derrière les poteaux : Le Zèbre et le Lynx #44
Publié le mercredi 21 novembre 2018 à 06:00

Marchat explique à Lagrange et Hirèche sa décision

Il était une fois un zèbre vaillant mais parfois indolent. Il profitait des derniers feux de l’automne en se dorant au soleil blafard qui découpait de ses rayons obliques la végétation environnante. Il ne semblait pas inquiet de recevoir chez lui, sur ses propres terres, le lynx du bugey, un animal aussi rustique que discret, rompu aux hivers terribles et aux blizzards cinglants. D’autant que le lynx n’est pas animal à parader et fanfaronner avant de livrer combat. Il préfère fourbir ses armes dans le secret de la forêt épaisse qui couvre les monts du Jura. Il préfère ajuster sa stratégie sous le couvert de la canopée qui se dépouille de ses feuilles.

Le zèbre lui, gambade à qui mieux mieux en lisière de bois, dans les saveurs d’automne et les fragrances de mousse humide et de rares champignons odorants. C’est qu’il est chez lui le zèbre, il connaît chaque recoin de son pays et il n’est pas né celui qui la lui fera à l’envers. Le zèbre est le roi de Corrèze, aussi vrai que le lynx vaut le coup au scrabble.

En ce dimanche baigné par l’orbe mordoré, le corrézien (l’autre habitant de la contrée) s’était massé dans les tribunes d’Amédée Domenech (un ancien zèbre légendaire qui rivalisait avec les sangliers et leur bottait souvent le cul) pour assister au face à face étonnant du félin et de l’équidé. Le zèbre rayé comme un vieux disque contre le lynx aux touffes de poils dans les oreilles.

C’était une course particulière, qui différait de celle du lièvre et de la tortue, un vieux récit qui était aussi parvenu jusque dans la terre du (presque) milieu du massif central. Cette course, car il s’agissait de galoper, demandait d’autres talents. Celui de savoir esquiver les bonds du lynx à l’affût, de se faire des passes et des tours de passe-passe, de se faufiler entre deux félins pour ne pas finir en faux-filet.

Ce sport requérait aussi de l’acuité pour jouer au pied au bon moment et viser juste, ce qui se ramène à être bon pied bon œil. Mais si le zèbre sait jouer du sabot entre les perches, le lynx sait griffer quand il le faut, et le cuir de l’ogive ne cessait de changer de coussinets, enfin de sabots, bon, vous m’avez compris.

Soutenus par la population venue se dégourdir les intestins après les fameux déjeuners dominicaux, les locaux se sentaient pousser des ailes, ce qui, vous en conviendrez, n’a aucun sens pour un animal à poil. Et pourquoi pas une corne sur le front tant qu’on y est ! Un spectateur affirmait pourtant avoir vu une licorne rayée s’échauffer derrière les poteaux, mais vérification faite, c’était juste un caméraman arborant un casque de télévision, et le spectateur en question, sujet aux hallucinations, avait passé beaucoup de temps dans la grotte des monédières, un endroit propice aux apparitions.

Ainsi, à la pause pipi et citron, les bestioles du coin ne s’en faisaient pas trop, elles se voyaient déjà au chaud le soir venu, avec fourrage abondant et même soyons fous, un bon seau d’avoine en prime. Mais au retour de l’écurie, la messe n’était pas dite et le curé local en perdait son latin. C’est qu’à trop vouloir courir, les zèbres s’étaient fatigués, usés qu’ils étaient par ces courses folles et ces zigs, et ces zags.

Le capitaine Hirèche à terre contre Oyonnax

Saïd Hirèche, le guerrier et capitaine courage du CAB à terre, usé par le combat

Le lynx lui, s’était montré patient, et tout en conservant sa proie à faible distance, s’apprêtait à accélérer.

Quelle frayeur n’eut pas l’équidé dissipé lorsque, un peu cramé, il sentit le souffle rauque du félin sur sa croupe. La sirène allait bientôt sonner la fin de la chasse et il allait se faire dévorer sur le fil, quelle fin affreuse. Mais grâce à une belle énergie trouvée on ne sait où, une ultime ruade, un dernier coup d’encolure, le zèbre qui n’en menait pas large sauva ses rayures pour un minuscule petit point d’avance. Il trouva même un regain d’énergie pour faire un tour de stade et saluer la foule en fin de digestion.

Les jambes flageolantes, le souffle court, il finit par regagner l’écurie tandis que le lynx se maudissait d’avoir accéléré trop tard. Mais déjà, entre ses moustaches frémissantes, il ruminait sa revanche qui se jouerait sur son terrain de chasse, dans la forêt de Charles Mathon, et ce ne serait pas une sinécure.

Alors que le stade se vidait et que la plupart des supporters investissaient la « grotte des monédières » en espérant avoir une vision en lisant dans la bulle de houblon (un vieux truc de supporter), perché sur un des hauts projecteurs, un corbeau observait le spectacle en tenant dans son bec un fromage (impossible de voir s’il s’agissait d’un Cantal ou d’un Saint Nectaire, ou même d’un cabécou).

Photos : Breniges FM

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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