Derrière les poteaux : Embryon #29
Publié le mercredi 11 octobre 2017 à 06:00

Dans le noir depuis le début de saison, Brive aperçoit un brin de lumière depuis samedi soir. Pour que la lumière gagne en intensité, il faudra travailler et croire en ses chances. Samedi, c'était la première étape de la renaissance. Il y en aura d'autres mais Brive l'attaque du bon pied.

J’aime humer le zébrium quand il n’est pas encore de plain-pied dans un match. Une grosse heure et quart avant le coup d’envoi, il offre un autre visage. Des gens déambulent dans les coursives, sirotent du liquide ambré, grignotent en faisant des pronostics plus fondés sur le cœur et la nécessité de gagner que sur une analyse pragmatique. Nous avons refait la haie d’honneur, nous n’étions que quelques-uns. Entre la première et celle-ci nous avons encore perdu des supporters. La cohorte de gaillards brailleurs se réduit comme une peau de chagrin, et du chagrin il y en a. Le chagrin d’être scotché à la dernière place, le CAB ultime wagon du train du TOP14. Mais si le club constitue bien le dernier maillon, il n’est pas encore certain qu’il en soit le plus faible. Malgré le jeu atone, malgré l’attaque en convalescence dans on ne sait quel établissement des grands blessés, malgré l’infirmerie tellement remplie qu’elle ressemble désormais à un hôpital. Malgré les roustes à l’extérieur et les coups de pieds au cul à la maison, chez nous, il reste encore un peu plus de 9500 fous pour y croire encore. C’est quelque chose de très étonnant l’espoir. C’est un sentiment adventice. Nul besoin de le semer, il peut naître de lui-même, passer d’un stade d’inexistence à une formule plus structurée, une chose intangible et immanente à ce club mort plusieurs fois et toujours vivant malgré tout. Je ne sais où se cache cet espoir, où se trouve cet Embryon indestructible qui repousse en dépit des coups bas, des injustices, de la malchance récurrente et de vents argentés si puissants que la simple idée de tenter l’aventure dans ce championnat pourrait passer comme étant une folie définitive. Cet espoir, comme un bras d’honneur au destin qu’on nous promet, comme un doigt majeur dressé bien haut dans un monde mineur, est toujours là. Se trouve-t-il sous la pelouse élimée et déliquescente du stadium ? À moins que ce ne soit dans le souvenir des glorieux anciens ? Ou peut-être simplement dans l’amour de ces couleurs binaires qui scarifient nous souvenirs d’enfance quand c’était nos parents qui vibraient ici même à nos places. À vrai dire je n’en sais rien, et après tout est-ce si important ? L’essentiel, c’est qu’il soit bien présent cet espoir, cet Embryon dur comme l’acier, cette idée que nous méritons d’être là où nous sommes, même désargentés et moqués, même méprisés par quelques arbitres soumis au joug des plus forts, même ridiculisés par quelques médias mal intentionnés qui se régalent de ce début de saison apocalyptique.

Six matchs, six défaites. Un maigre point récolté, si maigre qu’il ne se voit presque pas et nous permet juste d’exister en tant que Lanterne Rouge. Mais rien n’est véritablement perdu, simplement parce que deux ou trois autres équipes ne sont guère mieux que nous et patinent sérieusement au fond du seau où nous sommes. Nous sommes donc moribonds, mais pas morts. Peut-on passer en 80 minutes du statut de zombi à celui de revenant ? Ce serait déjà un début, le stade de revenant étant l’étape qui précède celui de miraculé. Nous ne sommes pas à Lourdes, nous sommes à Brive. Mais nous avons quelques grottes dans la région qui pourraient faire l’affaire et trouver quelques cierges poussiéreux ne devrait pas poser de problème.

Samedi nos zèbres l’ont fait. Nous sommes maintenant officiellement des « revenants ». Ils ont cavalé comme des dératés, dévorés par l’envie furieuse d’un groupe frustré et trop longtemps privé de la victoire. Les rangs étaient serrés, les regards allumés et les muscles bandés au maximum. Quand nos gars sont dans cet état, on sait que l’adversaire va en baver. Un zèbre aculé au fond d’une impasse est un zèbre mort, mais un troupeau de zèbres au pied du mur peut, à force de ruades dantesques, ouvrir une brèche dans ce mur. Samedi soir c’est arrivé, la première victoire à la maison, la première victoire tout court. Est-ce l’effet JB Péjoine ? Il est bien trop tôt pour le dire. Pour l’affirmer il faudrait savoir si le grand chef du staff s’est enfin résolu à libérer le jeu et ne plus se cantonner à faire « donner les avants » et buter. D’ailleurs le jeune entraineur Péjoine n’a-t-il pas dit « On ne s’en sortira pas juste avec des mêlées et des mauls ». J’ai envie d’interpréter cette phrase comme un message envoyé à l’étage au-dessus.

Samedi, tout ce qui est venu des lignes arrières provenait d’actions et d’exploits individuels, il n’y a toujours rien de construit dans l’offensif. Disons que c’est un début, un petit bout de quelque chose qui n’existait pas le week-end d’avant, ce fameux Embryon. Il va falloir le bichonner cet ersatz, il va falloir lui insuffler de la vie à ce bout de machin tremblant et hésitant, il va falloir le faire grandir à grands coups de confiance, de projet offensif, d’audace de technique et de solidarité.

Il y a déjà l’envie qui est là, et sur l’envie, on peut tout construire. Mais attention aux malfaçons. Comme lors de ces dix dernières minutes contre Castres, ces ballons rendus au pied, comme autant de nouvelles munitions données en cadeau à des adversaires qui n’en demandaient pas tant. Ou comme ce ballon offert aux castrais dès l’entame et qui a bien failli nous coûter un essai d’emblée. Si nous voulons moins souffrir en défense, il faut déjà commencer par cesser de rendre ces innombrables ballons au pied. Ou alors il faut trouver les touches. Contre Castres, une épine dorsale s’est dessinée avec éclat. De l’avant à l’arrière, Tadjer, Ledevedec, Koyamaibole, Luafutu et Lapeyre. On pourra arguer que les trois-quarts ont marqué un essai, sauf que c’est un troisième ligne qui arborait le numéro 12. Disons que c’est un début.

Outre le plan de jeu offensif très « discret », le vrai problème immédiat est les blessés. Nous perdons un joueur à chaque rencontre. Comment allons-nous faire ? Ils ne vont même pas pouvoir se refaire la cerise pendant l’intermède européen, il n’y a que quatre jeunes espoirs dans le groupe.

C’est peut-être l’occasion de mettre en place ce jeu offensif par lequel le salut passera inévitablement. Sans pression, sans autre objectif que l’amélioration du jeu collectif, ne penser qu’à ça, se faire plaisir ensemble, jouer au rugby, la qualif, on s’en tamponne.

Allez les zèbres, on est toujours là.

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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Bordeaux 6 7 Castres
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