Derrière les poteaux : Bannockburn #22
Publié le mercredi 29 mars 2017 à 06:00

Entre deux équipes physiques et prêtes à défendre leur territoire, c'était évident que les duels allaient être nombreux et rudes. La bataille d'Amédée-Domenech pouvait débuter mais en plus d'un adversaire très solide, Brive a du lutter contre des vents contraires. Ce qui rend la victoire encore plus belle !

Les joueurs du CA Brive en terminent avec leur échauffement et se préparent à débuter leur rencontre face au Montpellier Hérault Rugby 

 

« En l’an de grâce 1314, les patriotes d’Écosse, affamés et inférieurs en nombre, chargèrent dans les prés de Bannockburn.

Ils se battirent en guerriers et en poètes.

Ils se battirent en Écossais … et gagnèrent leur liberté. »

 

Quand je pense au match de dimanche, c’est à cette tirade extraite du grand film « Braveheart » que je pense. Car oui, dimanche, Amédée Domenech ressemblait furieusement aux prés de Bannockburn. Il y avait l’esprit, il y avait les tripes, il y avait la lutte pour un même rêve.

Dimanche, alors que la défaite était promise aux brivistes (et peut-être même bien orchestrée et préparée en coulisse, dans le secret des petits arrangements entre amis …) alors que tout désignait le CAB comme une proie condamnée, la charge herculéenne des tanks héraultais fut brisée par un troupeau de zèbres et un bison.

Car jouer contre l’équipe B d’Afrique du Sud c’était s’attaquer à une montagne, une montagne qui avait étouffé un volcan il y a deux semaines de cela. Mais nos joueurs connaissaient l’ampleur du défi, ils connaissaient le prix à payer pour la victoire ; et ils étaient prêts à le payer ce prix, jusqu’à la dernière goutte de sang versée sur l’herbe sacrée de la citadelle Gaillarde.

D’entrée de jeu, devant un peu plus de 9500 paires d’yeux, ils ont accepté le combat physique, ils ont enduré le choc colossal des ossatures et des muscles, parce que dimanche, en face, il y avait de la viande autour des os, et pas qu’un peu. La fête aurait pu être belle, j’entends « belle » au niveau du jeu, mais ce fut un beau gloubiboulga de rugby, empli de mauvais gestes, de trucages, de maladresses, le tout largement saupoudré par l’indigent arbitrage de monsieur B, qui ne mérite même pas que l’on prononce son nom. Et puis monsieur B c’est joli non ? Ça commence comme ballon, baudruche, burne, buse, boulette, beignet, bistouquette, brebis (galeuse), bouffe (celle en pleine tête d'Iribaren, assénée par Du Plessis et pas sanctionnée).

Parce que nous ne pouvons pas ne pas en parler de l’arbitrage, nous voudrions bien changer de disque ; mais les faits sont là, et les fées sont lasses de tant de manigances, et l’effet me lasse aussi. Parce que c’était quand-même bien trop gros dimanche, bien trop énorme d’incurie, parce que le rugby mérite autre chose que cet amateurisme, pour peu qu’il ne s’agisse que d’amateurisme. Oh bien sûr c’est mal de taper sur l’arbitre, de tirer sur l’ambulance, dans ce pays c’est en général très mal vu de mettre les crampons dans le plat, de dire les choses, de crever l’abcès, il suffit de voir comment sont traités les lanceurs d’alerte. Le politiquement correct règne en maître, il faut dire que tout va bien, dormez tranquilles chers supporters, tout va bien, nous nous occupons de tout. Nous vous préparons un rugby du futur de derrière les fagots, payez vos abonnements (au stade, à la chaîne cryptée), c’est tout ce qu’on vous demande. Passez à la caisse, et remplissez nos poches. Parce que dimanche, nous recevions le club de monsieur Altrad, sponsor officiel du quinze de France et de la « fédé » ; mais non, il n’y a pas conflit d’intérêts, où allez-vous chercher ça vilains esprits subversifs, empêcheurs de tourner en rond, viiiite, au bûcher les révolutionnaires en herbe ! Vous connaissez la dernière blague ? Mohed Altrad veut le bouclier, alors saint Bernard l’apporte sur un plateau …

Donc dimanche c’était le premier jour du championnat avec les nouvelles règles : c’est open bar ! Les décapitations sont autorisées (même pas besoin d’être djihadiste, il suffit que la victime ne souffre pas), les entrées sur les côtés des rucks sont permises (il faut simplement porter un maillot siglé MHR Altrad), les placages à l’épaule deviennent obligatoires (toujours avec le même maillot sinon on ne s’y retrouve plus ma p’tite dame), et aussi les hors-jeu permanents (ça ajoute du stress et du suspense mon bon monsieur). Enfin, il est recommandé par la ligue de refiler quelques bouffardes des familles bien senties, de préférence si le joueur visé est au sol et un peu gringalet (faut ce qui faut qu’est-ce que vous voulez que je vous dise), le spectacle est à ce prix, il faut du sang, il faut des rebondissements, il faut de l’impact, il faut de l’injustice et si possible, une bonne dose d’incompétence. Mais à la fin, il faut que Montpellier gagne. Attention, ne me faites pas dire ce que je ne n’ai pas dit, les joueurs héraultais n’y sont pour rien, ils ont fait leur taf, c’est juste que le touriste en vert n’a pas fait le sien, et qu’il a créé les conditions propices à la bagarre, à la rancœur, à la colère, au sentiment d’impunité et donc aux mauvais gestes.

Mais je ne vais pas m’étendre, il y en a déjà un qui s’est allongé, alors ça suffit … Je vais causer de nos petits gars, nos zèbres courageux, braves, téméraires. Parce qu’il en fallait de la témérité pour se mettre sur la route de la Panzerdivision. Ils ont été fabuleux d’ardeur, de folie, d’engagement et de solidarité. Parce que franchement, à la 76e quand on encaisse l’essai terrible, on ne leur en aurait pas voulu s’ils avaient capitulé. Saïd Hirèche en grand capitaine digne d’Arnaud Méla (Arnaud tu nous manques !!!), nos piliers si fiables, Sanconnie décisif, Galala de gala et tous les autres. Arnaud, seul bison parmi les zèbres, Masilevu dont les progrès en défense sont exceptionnels. Gaëtan Germain et son coup de tatane à déchausser les dents de la lune, Waqa, monstrueux, Lapeyre sur tous les coups, Iribaren déterminé jusqu’à mettre sa santé en péril. Johann Snyman exemplaire, toujours au charbon, au risque de finir bien mal en point. Ledé, Ugalde, notre vieux grognard de talonneur et ensuite Da Ros, pardon pour les oublis, c’est l’émotion. Le banc était aussi titulaire dimanche et les titulaires ont répondu présents.

Voilà, dimanche il y avait chez les noir et blanc un supplément d’âme, ce truc en plus sur lequel l’argent n’a aucun pouvoir. Monumental. C'est le seul mot qui me vient quand je pense à notre groupe cabiste. Monumental. Au bout de l'effort, par-dessus l'injustice, par-dessus la médiocrité, bien au-dessus de l'incompétence et à des années lumière de cette chose immonde, la corruption. Notre rugby, celui qui est passé entre les mains de tant de générations est en train de se galvauder, de se trahir pour le veau d'or. Mais parfois le cœur est plus gros, plus fort, plus pur. Parfois de vieilles valeurs considérées comme dépassées par les ploutocrates de notre époque renversent malgré tout la table et nous font relever la tête, pleurer de joie, se prendre les uns les autres dans les bras et savourer, juste savourer. Grâce à ça nous étions ensemble dimanche et nous avons vibré comme rarement. Ici nous savons ce que c’est que de résister, ici nous avons une petite idée de ce qu’est « le petit village Gaulois ».

Et puis aussi, au-dessus du stadium, dans cet air incandescent de la 80e minute, sous ce ciel d’azur, peut-être que David Fontes a donné un coup de main de là où il se trouve, lui qui avait du courage par camions entiers, il se peut qu’il en ait envoyé une bonne dose. C'était un dimanche soir sur la terre, et l'injustice et le vol manifeste ont connu la défaite. Fier de vous les zèbres. Oh oui !!!

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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Classement Top 14 Pts
1 La Rochelle 85
2 Clermont Ferrand 78
 
7 Stade Français Paris 59
8 Brive 58
9 Pau 57
 
13 Grenoble 38
14 Bayonne 30
Classement Top 14 complet
Résultats Journée 26
Brive 33 27 Castres
Montpellier 27 26 Stade Français Paris
Racing 92 22 20 Bordeaux
Grenoble 53 21 Lyon
Toulon 32 12 Pau
Toulouse 40 12 Bayonne
Clermont Ferrand 30 26 La Rochelle
Résultats Top 14