Derrière les poteaux : Transhumance #52
Publié le mercredi 22 mai 2019 à 06:00

Retour vers le futur pour Brive. Le contexte est différent, les hommes aussi mais tout le monde est prêt à faire un bond dans le passé pour vivre la même fin heureuse qu'il y a six ans. Brive a passé l'obstacle Vannes. Désormais, direction le Béarn pour défier Bayonne.

L’histoire se répète-t-elle ou bien balbutie-t-elle tout simplement ? Comme en 2013, après une seule saison en Pro D2, le CAB est en mesure de remonter en Top 14. La compétition la plus relevée du monde (arf arf arf, pardon pour cette blague…)

Comme en 2013, la situation a mis beaucoup de temps à se décanter, longtemps le CAB a offert deux visages, un triste et un séduisant. En alternance, impérial à la maison, bien à l’abri dans son bastion, fébrile et absent loin de ses bases, notamment chez les mal classés. Les heureux évènements possèdent le pouvoir d’effacer les mémoires et les mauvais souvenirs avec elles. Gageons que si dimanche ça veut rigoler, tout sera oublié, les forfaitures, les mensonges, le copinage et même…la descente. Ce sera bisous sur la bouche, accolades, les ennemis d’hier se prendront dans les bras, la vie sera rose avec des bordures noires et blanches.

Je me réjouis de cette place en finale. D’autant que j’étais plus que dubitatif à la fin de la saison dernière. L’arrivée de Jeremy Davidson m’avait un peu rassuré, mais il fallait voir sur pied. On a vu et bien vu. Cela dit, la saison longtemps en dents de scie démontre que cela ne s’est pas fait dans la facilité, qu’il reste peut-être des désaccords, des visions qui s’opposent. Certains départs précipités de joueurs en cours de saison nous racontent en filigrane une histoire intéressante.

Dimanche dernier le stadium résonnait comme à ses plus belles heures. Des drapeaux, des chants, du monde. Il y avait les fidèles, c’est-à-dire ceux qui étaient là quand ça caillait dur au cœur de l’hiver, même les jeudi soir mornes et humides ; il y avait les alternatifs fidèles, ceux qui viennent quand ils peuvent, il y avait les spectateurs, ceux qui sont attirés par l’odeur de la victoire, enfin, il y avait les matuvus, ceux qui ne viennent jamais, sauf pour les grandes occasions, pour pouvoir dire « j’y étais ». Ils étaient là contre le Munster, pour ce fameux match il y a quelques années, ils étaient là pour la demie contre Aurillac en 2013, ils sont aussi souvent là pour le derby contre les Jaunards. Ceux-là ne servent pas à grand-chose en terme d’encouragements, tout au plus permettent-ils de combler les places vides et d’offrir à la télé de belles images de Zébrium gavé à toc.

Donc dimanche dernier, toutes les conditions pour une désillusion étaient réunies. Nous allions affronter une équipe que nous avions battue chez elle et à qui nous avions bien rempli les valises chez Amédée Domenech. Une équipe qui ne compte aucune star, alors que nous, nous avons Demba Bamba, des joueurs convoités par des clubs de Top 14, des internationaux étrangers et même le capitaine de l’équipe des Fidji. Autant dire que le risque de faire un complexe de supériorité n’était pas exclu. En d’autres termes, le CAB risquait de brûler sur le bûcher des vannetais.

Heureusement l’effectif est expérimenté, certains ont l’habitude de ces matchs couperets. Après une entame timide, les choses se sont peu à peu arrangées, même s’il s’en est fallu de très peu pour que les bretons ne rentrent aux citrons avec une longueur d’avance, ce qui, soyons-en convaincus, aurait été une autre paire de manches au retour des vestiaires. La suite on la connait, le CAB a fait donner la cavalerie, les hommes à pied et les archers, le banc a très bien tenu son rôle et à partir de la 50ème minute, nous étions assez détendus. Méfiants, mais détendus. Le manager a bien géré son affaire en ménageant les cadres assez rapidement en vue de la finale. La farcidure fut bien indigeste pour les bretons, une tribu plus habituée aux plats iodés et aux desserts très riches en beurre.

Ah, la finale. L’occasion d’être champion et de monter. D’une pierre deux coups. Champion de France de Pro D2 cela ne se refuse pas, c’est un peu comme le titre de challenge Européen. Le ticket pour l’Elite (re arf arf arf…) ne sera pas facile à emporter, ardu même il sera (qu’est-ce qui m’arrive, je parle comme maître Yoda). Espérons que la force soit avec nous, et non pas la farce. Interdisons-nous de penser que nous aurons une deuxième chance en cas de défaite.

Pau. Notre adversaire porte-bonheur. Sauf que ce ne sera pas Pau en face. Ce sera l’Aviron, avec tout ce que cela suppose de difficultés. Ce sera un peu comme jouer à la maison pour les bayonnais, mais soyons beaux joueurs, en 2013 le stade Chaban-Delmas n’était pas si loin de Brive…

J’espère que l’arbitrage sera impartial, dès qu’on rencontre un club basque pour un match à enjeu, nous sommes toujours inquiets, la faute à la jurisprudence Blanco et Péchambert. Si l’homme au sifflet est aussi bon que lors de la demi-finale alors ça ira, je l’ai trouvé très juste monsieur Cayre, notamment lors de la faute sur Franck Romanet, qui n’était pas intentionnelle.

Ah ! on me souffle dans l’oreillette que ce sera monsieur Adrien Descottes qui tiendra le fouet (arf), un arbitre sérieux et habituellement bon. Comme disait Alain Souchon, c’est déjà ça.

J’ai une pensée pour Jean-Paul Prat, fondateur et commentateur de Radio Vallée Vézère, que je ne connaissais pas mais avait le CAB dans les tripes et qui n’a pas eu le temps de voir cette victoire contre Vannes. De l’endroit où il se trouve, j’espère qu’il a apprécié. Je souhaite un bon rétablissement à Retief Marais, louper la finale à cause d’une blessure alors qu’on a donné beaucoup toute la saison, c’est dur.

Dimanche il y aura de la transhumance. Un trait d’union Brive-Pau, une route parsemée de noir et de blanc. Que nos joueurs soient sereins, il y aura beaucoup de zèbres en tribunes, il y aura de l’envie et de la trouille aussi, il y aura surtout une formidable attente.

N’ayez pas peur les gars, du numéro 1 au 23, vous ne serez pas seuls, il y aura de la Corrèze partout où vous poserez les yeux. Vous êtes solides, vous avez ce qu’il faut pour aller au bout. Pensez aux bases : engagement, solidarité, discipline.

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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