Derrière les poteaux : Jacky et Michelle s’emmerdent au stade #17
Publié le mardi 17 janvier 2017 à 05:00

Brive enchaine les rencontres à domicile en ce mois de janvier. Trois sont au programme et la première réception n'a pas été du tout au gout du public briviste. La réception de Worcester doit permettre de remettre l'église au centre du village. Comme toujours, notre couple d'amoureux Jacky et Michelle ont fait le déplacement. Vont-ils le regretter ?

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Un vent de forcené court sur le Plateau. Les flocons de neiges malmenés par le souffle de la terre filent à travers le ciel, semblables à des étoiles filantes minuscules. Un temps à ne pas mettre un pingouin dehors. Mais dans l’ombre qui annonce la venue de la nuit, Jacky et Michelle ont pris leur courage à deux mains pour se rendre au match, heureusement qu’ils n’ont pas pris leur courage à demain, sinon ils seraient arrivés trop tard …

Durant le trajet, la conversation se cristallise sur le triste spectacle de la semaine dernière. Ils espèrent que des choses ont été dites, que des prises de conscience se sont réalisées et que les bonnes questions se sont posées dans la tête des bonnes personnes. Oh ils ne sont pas rancuniers les deux amoureux du CAB, ils n’en veulent même pas aux joueurs, ils ne savent même pas à qui ils devraient faire des reproches, tant il est difficile de dé (mêlée) le vrai du faux et de trouver les causes de la panne offensive qui frappe l’équipe briviste. Jacky ne se considère pas comme un technicien du rugby, juste comme un supporter. Mais ils se tapent pas mal de route pour venir voir leurs héros, ils prennent des risques l’hiver pour être au stade, par tous les temps, quoi qu’il advienne. Alors Jacky et Michelle attendent un minimum de la part de l’équipe.

Le couple s’installe en tribune. Le béton glacial congèle immédiatement leur corps. Un frisson monte des tréfonds de leurs molécules et se disperse sur l’enveloppe de leur épiderme. La foule des supporters a fondu comme neige au soleil. Sans doute le froid et le spectacle décevant sont à accuser. Mais dans quelles proportions ?

Dès le début des hostilités, Jacky et Michelle sentent leurs épaules retomber avec lourdeur. Ils ont compris, le pire est à craindre. Les supporters survivants ne lâchent rien, ils encouragent, ils scandent, chantent. Mais les voix résonnent d’une manière étrange dans ce stade qui ressemble à un vaisseau fantôme sorti de la brume d’une mer mystérieuse et silencieuse. Les anglais sont venus avec l’équipe de rechange, ils n’ont plus rien à gagner, contrairement aux zèbres. Mais les jeunes pousses de Worcester poussent, et bien ! Comme lors du précédent match, le CAB encaisse le premier essai alors qu’il n’a encore rien montré, sauf sa stérilité en attaque. En tribune on se prépare au pire. On se rassure en se disant que le pire, on l’a déjà eu samedi dernier.

Jacky ronchonne en voyant le jeu briviste plus pauvre qu’un ouvrier aux poches vides sur la route de la Californie, lors de la grande dépression, dans le roman de John Steinbeck, « Les raisins de la colère ». Mais la grande dépression se trouve dans le stade et dans le cœur des supporters. On est tout près des « Raisons de la colère ».

- Pourvu que ça joue mieux que samedi lâche Michelle.

- Ce ne sera pas trop dur répond, caustique, Jacky en maugréant dans son col remonté jusqu’aux lèvres.

Michelle encaisse et hausse les épaules. Sur le terrain c’est pitoyable, les rares ballons qui parviennent sur les ailes finissent vendangés ou en-avant. Jacky n’en peut plus il prend à témoin ses voisins de siège :

- Putain, même le capitaine Crochet en attraperait plus des ballons !

Murmure autour, les gens acquiescent. La mi-temps s’annonce dans le feulement de la sirène qui a quelque chose de mortuaire. Les joueurs sont poussés dans les vestiaires par une salve de sifflets et de huées. C’est moche de voir à quel point le compte de l’équipe est à découvert dans l’esprit des supporters. Si dans leur cœur, les supporters font encore crédit à leurs champions, dans la tête, là où ils redeviennent pragmatiques, on frôle l’interdit bancaire. Mais cela fait trop de matchs que le groupe des zèbres signe des chèques en bois, au bouleau ! saperlipopette ! Qu’on se dé (chêne) diantre ! On tremble car ça sent le sapin, on préfère le charme. Sur le pré, face à l’adversaire qui vient du pays de Shakespeare, la seule question est : hêtre ou ne pas hêtre ?

Au retour des vestiaires nous nous demandons si les joueurs vont envoyer du bois ou au moins, la braise. Ils semblent s’extraire du tunnel comme d’un long tube fuligineux et infernal. On satan à les voir poursuivis par le diable.

Soudain Jacky a une illumination en voyant l’affligeant spectacle qui se déroule sur le terrain. Il comprend que peut-être, le CAB compte sur la chance pour gagner, comme si elle était un paramètre à part entière de son jeu. En fait les joueurs sont quinze plus un, la chance est le seizième homme. Si ça se trouve, pense Jacky, ils doivent jouer avec un fer à cheval à la place des crampons et une patte de lapin dans le short.

Les Rosbifs plantent encore un essai. On ne voit pas comment le CAB pourrait l’emporter, encore moins avec le bonus offensif. En voyant jouer de la sorte les brivistes, quelqu’un à la ligue va avoir l’idée d’instaurer un malus, manquerait plus que ça. Plusieurs fois un zèbre perce et avance, il se trouve en situation de faire une passe après contact, mais il n’y a personne pour la recevoir. Les gros tiennent la baraque, dans ces temps de disette ils sont le cœur et l’âme de ce club. Au centre ça fait peine à voir, la Cabannes est tombée sur le zèbre.

Jacky sent monter une irrépressible colère dans ses boyaux. La moindre aspérité de son corps se dresse pour évacuer toute cette frustration. Il souffle à l’oreille de Michelle :

- On aurait dû rester à la maison, on aurait économisé du carburant, pas pris de risques, et on aurait pu baiser à la mi-temps.

L’idée de la mi-temps fait briller les yeux tristes de Michelle. Elle souffre pour les joueurs, elle les voit, en peine, en détresse, sans solution mais pas sans envie. A leurs lèvres spumeuses, déformées par l’effort, se dessine un rictus d’impuissance.

Au-delà du temps réglementaire Gaétan Germain sauve les meubles mais pas l’honneur …

Les gens ne s’attardent pas, on dirait qu’ils fuient pour oublier. Jacky et Michelle ne demandent pas leur reste, pour le rab on verra une autre fois. Dans la foule qui se répand au pied de la tribune, un blagueur lance : la semaine prochaine les écharpes seront interdites, pour éviter les suicides …

Pour le staff et la direction, pour le club en général, la remise en question n’est pas à l’ordre du jour. Les questions qui fâchent sont même remisées au fond du placard, avec le jeu offensif, sous les vieux shorts et les maillots froissés, comme notre moral. Pas loin des rouleaux de PQ. Dans La Montagne on lira des déclarations éculées du genre « on ne les a pas respectés », et nous, les supporters, quand va-t-on nous respecter ?

Il paraît que samedi prochain, à l’entrée du stadium, il y aura une distribution gratuite d’antidépresseurs, et puis du café aussi, pour garder les yeux ouverts.

Quant à moi, je reviendrai samedi (faut être maso quand-même), mais je viendrai avec ma couette et mon oreiller, quitte à dormir, autant être bien installé.

Finissons sur une note positive. A défaut de goûter un quart à domicile, nous aurons tout le loisir de savourer un demi à la maison.

 

 

 

Article rédigé par Sébastien Vidal.

Sébastien Vidal est un romancier corrézien, amateur de rugby et du CA Brive. Il est l'auteur de Un ballon sur le cœur. Si vous ne l'avez pas dans votre bibliothèque, n'hésitez pas à vous le procurer (cliquez sur le lien)

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Rémi Brazon, Rédacteur
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