Derrière les poteaux : Mauvais oeil #46
Publié le mardi 15 janvier 2019 à 06:00

Quand tu joues Biarritz et que tu cherches dans ta mémoire, il y a (beaucoup) plus de mauvais souvenirs qui ressortent : des matchs que tu devais gagner mais que tu as perdu, des arbitrages tendancieux ... Jeudi, tout s'est réuni petit à petit pour revivire une sale soirée. Mais faut croire que la roue tourne parfois.

Dans la blancheur virginale de cette année renouvelée, engoncés dans un recoin obscur de la planète rugby, le Coup du sort et le Coup de Malchance fomentaient dans le secret de leurs âmes fourbes, le Coup de Trafalgar qui serait fatal aux brivistes. Tout était en place. Ça n’allait pas louper, il n’y aurait pas photo, ou alors si, la photo du massacre.

Toutes les conditions étaient réunies, comme au bon vieux temps. D’abord l’adversaire, la vieille bête noire ancestrale, le Biarritz Olympique. Un seul regret, l’absence irremplaçable de messieurs Péchambert et Maciello, les chantres de l’arbitrage à la maison pour le BO, même à l’extérieur. Mais toute embuscade ne peut être absolument parfaite.

C’est donc sous l’influence du Mauvais Œil, que la rencontre s’apprêtait à débuter sous les yeux rougis de froid des supporters clairsemés d’un soir terne de semaine.

Comme un coup de semonce, grand avertissement de la Malédiction qui déjà, s’installait en glissant sur le stadium tel un nuage maléfique et évanescent, la blessure saisissait Rétief Marais pendant l’échauffement, en prenant par surprise le staff et le joueur.

Dès lors l’inquiétude s’insinuait dans les rangs des zèbres qui avaient peur de se mélanger les rayures à l’occasion de ce match capital pour rester dans les six premiers. Mais le Vaudou avait décidé de s’accrocher, et dès les premières minutes, Vivien Devisme était contraint de laisser sa place en raison d’une blessure au mollet.

Malgré un bon début de match des noirs et blancs, à la quinzième minute, le malheur frappait de nouveau avec une précision chirurgicale. Giorgadze, tout en gaz, écope d’un carton rouge qui glaçait d’effroi tout le stadium Amédée Domenech. Le jeteur de sort faisait bien son travail, déjà, les regards fouillaient les gradins pour débusquer l’infâme sorcier. Lors de l’entrée au stade, à la fouille, on n’avait pourtant pas saisi de baguette magique, ni de bave de crapaud et encore moins poupée constellée d’aiguilles.

Mais les zèbres, convaincus que céder à la peur ne promettait que l’enfer, se démenaient sur le terrain, et vaille que vaille, à la 21ème minute, la Malédiction ne pouvait empêcher le CAB de mener 18 à zéro avec déjà deux essais de toute beauté. Le bonus offensif montrait le bout de son nez gercé.

Le sorcier, où qu’il se trouve, ne pouvait rien contre l’envie et la détermination des locaux. Mais lors d’une action qui ne doit rien au mystère ésotérique et mystique et qui est à porter au crédit des basques, Poï aplatit et relance son équipe. Au moment de bénir les citrons, le CAB vire en tête largement mais ne cesse de zieuter dans son dos pour débusquer le maléfique chaman basque. On imagine alors Serge Blanco, en peignoir dans un de ses centres thermaux, en train de piquer d’aiguilles un zèbre en peluche de toute sa fougue avec un sourire sadique barrant son visage.

Au retour sur le pré, les brivistes repartent du même élan. Thomas Laranjeira enquille les pénalités comme Blanco avale les gâteaux basques aux cerises. C’est à ce moment-là que le Mauvais Œil frappe encore. 50ème minute, une douleur au mollet oblige l’arrière buteur à laisser sa place à Le Bourhis. Vent de panique sur le bord de terrain, cela ne peut être que l’œuvre d’un fou de magie, un scélérat diplômé de Poudlard. Voldemort hanterait-il les tribunes corréziennes ?

Il n’y a pas de hasard, c’est à cet instant que les visiteurs entament leur remontée, ils forent dans la défense comme les souris dans le fromage, et le temps d’ouvrir un grimoire pulvérulent, ils inscrivent deux essais qui vitrifient le cœur des supporters.

Le coach Davidson prend les choses en main. Il fait quérir en urgence quelques dizaines de fers à cheval et, pour faire bonne mesure, deux ou trois sacs de pattes de lapins. L’ensemble est disposé tout autour du terrain pour disloquer les mauvaises ondes.

L’idée semble fonctionner, les zèbres (qui eux aussi sont ferrés, ou plutôt cramponnés) tiennent le coup, serrent les rangs, et emportent la victoire. Mais le bonus offensif, que l’on avait pu espérer après 20 minutes de jeu est bien évaporé. C’est même les biarrots qui effleurent l’exploit de le ramener en terre basque.

Pour le prochain déplacement chez un client difficile, il faudra être sérieux et éviter les cartons rédhibitoires.

Peut-être faudrait-il contacter Panoramix pour bénéficier des vertus de la potion magique.

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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