Nous sommes tous responsables !
Publié le mardi 16 mai 2023 à 06:00

L'échec fait partie de la vie mais le plus important est de savoir comment on rebondit et on agit après cet échec pour ne pas revivre ce moment. En sport, l'échec est omniprésent et permet de se contruire. Brive est à la croisée des chemins avec cette relégation et il faut en tirer les conclusions absolument.

Le souffle du barrage était passé tout près la saison dernière mais un an plus tard, la conclusion de la saison est sans pitié : Brive est relégué en Pro D2. Les alarmes ont été déclenchées depuis longtemps mais cela n'a servi à rien. Pas besoin de lancer une chasse à la sorcière pour débusquer les coupables. C'est simple : tout le monde est responsable. Tout le monde a sa part de responsabilité dans cet échec collectif.

 

Les dirigeants/les partenaires

Qui dirige réellement ce club ? A l'issue de la saison dernière, on nous assurait que les leçons avaient été retenues. D'un côté, elles ont été retenues vu que la copie rendue est pire que la précédente. On ne fait pas les mêmes erreurs, on en fait d'autres. Comment est ce possible que la venue d'Ian Osborne soit repoussée à l'automne, entrainant le blocage du budget à la DNACG et donc l'impossibilité de recruter à l'intersaison ? Est ce qu'il y a eu une guerre de clochers pour ralentir l'arrivée d'un investisseur pouvant permettre au club de grandir et atteindre un seuil de budget adéquat pour lutter en Top 14 ? Quand le bateau tangue, on serait à même d'entendre la parole des dirigeants mais pendant toute la saison, rien de tout cela. Quand il s'agit de critiquer ses propres supporters (sifflets contre Jules Plisson) ou les supporters adverses (Perpignan), on sait communiquer mais quand il y a un incident entrainant des blessés dans la zone partenaires (Pau), c'est silence radio. Nous sommes plus de 48 heures après l'officialisation de la relégation et aucune communication/prises de paroles du président (qui a déjà à son actif 3 relégations), du directeur général, de Brive le pack ... Alors que le staff est un échec total, on envisage fortement de faire du statu quo et de conserver une structure briviste qui a fait son temps sans apporter la plus value attendue. Installer un ADN de succès commence par la tête car on ne peut se satisfaire d'inculquer et de transmettre un ADN de perdant. Comme disait en début de saison Joan Laporta, président du FC Barcelone : perdre aura des conséquences tant que je serai là. Cela serait bien que d'autres personnes, détenteurs du pouvoir de décision, appliquent cette phrase à leur propre club et assument leurs échecs. Car si les autres strates du club ont commis des erreurs, cela commence aussi par les échecs de la tête de pont.

 

Le staff

La petite phrase de Jeremy Davidson dans l'Equipe de samedi n'est pas passée inaperçue

L'ambiance dans le staff à Castres est différente. A Brive, c'était difficile avec un staff imposé et composé d'anciens joueurs qui ont évolué ensemble.

Et oui, mon cher Jeremy, ce n'est pas faute de t'avoir prévenu ! Les fameux supporters, fidèles des entrainements, avaient senti le coup venir à des kilomètres à la ronde dès ton arrivée. Etre un "étranger" dans un staff local t'expose à une alliance contre toi dès que le vent tourne. A l'issue de la saison dernière, le staff aurait dû évoluer en profondeur mais les dirigeants ont choisi la pire des solutions : afflaiblir son manager (qui avait encore 2 saisons de contrat) et renforcer l'alliance briviste (en fin de contrat à l'issue de la saison). Alors oui, Jeremy Davidson a des torts mais il n'est pas le seul. Mis à part le remplacement de Jeremy Davidson par Patrice Collazo, le staff est le même lors des deux dernières saisons. L'équipe a progressé ? Disons que d'une saison sur l'autre, elle a plus de ballons à jouer mais elle ne sait pas quoi en faire. Comme plus haut dans le club, la hiérarchie n'est pas claire et on peut se poser la question de qui est réellement le numéro 1 ? Arnaud Méla, Patrice Collazo, un autre ? Au moment de l'annonce de prolongations/arrivées, aucune déclaration du staff actuel. Etrange ou alors il n'est pas mis dans la boucle pour former le futur effectif. Beaucoup de questions entourent ce staff en entier sur la préparation physique, la gestion des blessures, la qualité et l'intensité des entrainements, la préparation des matchs ... Forcément, la mauvaise gestion de l'intersaison par les dirigeants avec un recrutement limité n'a pas aidé le staff mais rien n'a réellement évolué entre les deux saisons alors il n'est pas vraiment étonnant de voir évoluer de la même manière l'équipe sur le terrain. On sent beaucoup de tensions autour de ce staff (les cas des joueurs partis en cours de saison - notamment Hayden Thompson-Stringer qui semble en avoir gros sur la patate - ou placés au frigo interrogent) et cela est étrange que ce n'est pas explosé au cours de la saison pourtant il y avait de l'explosif à disposition (une histoire de portail que tout Brive a entendu parler en long, en large et en travers). Après une telle saison, la pire de l'histoire du club, il est inconcevable de voir le staff reconduit. Quand on veut retrouver le succès, on fait des coupes franches, il n'y a qu'à voir ce qui va se passer à Clermont avec Chritophe Urios ou chez Ferrari avec Frédéric Vasseur. Cela ne prédit en rien le futur mais au moins avec un renouvellement du staff, de la méthode, du discours, vous vous achetez une paix sociale à court terme. Mais ce renouvellement ne doit avoir qu'un critère : la plus-value apportée via l'expérience passée à ce poste.

 

Les joueurs

Quand c'est le bazar autour de vous, difficile de faire des miracles. L'effectif est le dernier étage de la fusée et est dépendant des étages précédents. Mais au final, les joueurs sont sur le terrain et décident de l'issue des rencontres. OK, ce n'est pas un effectif capable de se battre pour la phase finale mais l'effectif a un peu de qualité. Il manque de la qualité, de la quantité, des profils mais ce groupe est capable de faire bien mieux que cela, bien mieux que lors des deux dernières saisons. L'équipe affiche la pire attaque de la saison, une des pires défenses de la saison, ayant énormément de problèmes à marquer des essais. Cette équipe, depuis plusieurs saisons, est paralysée à domicile et se retrouve donc en difficulté au classement. Cette saison, c'est le point de non retour : 5 victoires en 15 matchs toutes compétitions confondues. L'équipe ne joue pas bien et ne produit pas un jeu qui est plaisant à voir. Mais avant de le produire sur le terrain, il faut le produire à l'entrainement. Le niveau d'engagement doit être monté de plusieurs crans lors des séances. Tu as le droit de commettre des erreurs à l'entrainement et c'est l'endroit où il faut le faire mais si tu n'es pas précis à l'entrainement, tu ne le seras pas le samedi lors des matchs où l'intensité est plusieurs crans au dessus. Il y a trop d'imprécisions à l'entrainement pour ne pas être inquiet pour le match suivant. Les joueurs ne doivent pas s'entrainer pour valider les objectifs des GPS mais pour valider le plan de jeu. Les entraineurs ne commettent pas les en-avants, les touches pas droites, les mauvais angles de course, les soutiens en retard ... Si réellement les mêmes exercices sont pratiqués dans l'ensemble des clubs, la différence se situe sur l'implication et la précision. Et là, qu'importe le staff et ses consignes, les joueurs doivent être précis et impliqués. S'ils n'ont pas ce degré de précision, cela ne peut fonctionner durant le match. Des joueurs comme Nicolas Sanchez, Rodrigo Bruni et Ross Moriarty ont rapidement apporté dès leurs premières minutes car on parle ici de joueurs internationaux, habitués à un niveau d'excellence plus elévé qu'un simple joueur de club. Sur cette saison, les joueurs n'ont pas été aidé par les blessures, les différentes absences mais on peut s'interroger sur la prise de conscience des joueurs vis à vis de la situation, sûrement trop tardive pour maintenir le club. On peut citer le match contre Perpignan durant lequel c'est bien l'équipe adverse qui a montré le plus d'engagement et de volonté pour se maintenir. Pas l'équipe locale qui a également failli contre Bordeaux et le Stade Français dans la foulée. Désormais, pour les joueurs qui restent, il faudra relever le défi de la Pro D2 et rien ne leur sera offert dans cette division.

 

Le public/la presse

Les suiveurs du club ont subi cette saison et le calvaire s'est enfin terminé ce samedi contre Castres. Une fin de match déroulée quasiment dans un silence de cathédrale, avec quelques sifflets au coup de sifflet final mais sans plus. On aurait pu attendre une bordée de sifflets comme cela avait été le cas face à Bordeaux. On aurait pu attendre des banderoles contre la direction comme cela arrive régulièrement au football. On aurait pu attendre une action forte de la part du seul groupe de supporters du club comme l'avait fait les Ultras Green de Limoges lors de la réception de Strasbourg. L'affluence au stade pose question aussi car quand Perpignan aligne les guichets fermés pour finir la saison et appuyer l'équipe dans sa lutte pour le maintien, Brive est loin de remplir son stade alors qu'une 4e tribune va bientôt commencer à sortir de terre. Quand vous êtes joueur ou entraineur, vous savez qu'en venant à Brive, vous n'entrez pas dans un volcan comme cela peut être le cas du côté de Bayonne, Perpignan ou Toulon. A Brive, on soutiendra l'équipe, ce qui est bon signe, mais peut être un peu trop aveuglement, suivant le discours des dirigeants vendant leur projet à court et à moyen terme. Quand certains émettent des critiques, ils sont rapidement catalogués comme des mauvais supporters mais aujourd'hui, ces mauvais supporters doivent rigoler. Ce n'est pas faute d'avoir prévenu mais ils n'ont pas été entendu. Aux côtés des supporters, il y a la presse qui aurait pu être plus incisive, plus pressante sur certains sujets, plus froissante en posant les questions qu'attendaient les supporters. Nous, Allezbriverugby, nous ne nous excluons pas de cela et à notre niveau, nous aurions pu faire plus pour faire réagir et toucher la communauté qui nous suit depuis désormais 10 ans. Brive ne doit plus être un sympathique endroit de France où tout se passe bien même quand tout brûle autour. L'incendie doit aussi prendre dans les tribunes, dans les bons comme les mauvais moments.

 

Rémi Brazon, Rédacteur
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