Lucas Pointud ne veut rien lâcher avec Brive cette saison
Publié le jeudi 10 novembre 2016 à 15:00

Lucas Pointud ne laisse pas indifférent. Arrivé en provenance de Bayonne, il a saisi l'opportunité que lui donnait Brive et s'est imposé comme un des meilleurs à son poste en France. L'équipe de France lui a ouvert ses portes en juin dernier et bientôt ce sera Toulouse. Mais il entend bien terminer le travail au CAB en bon professionnel qu'il est. Sans oublier de mettre l'ambiance dans le vestiaire !

Avant son départ pour le Stade Toulousain, Lucas Pointud entend bien terminer de la meilleure façon possible sa saison avec le CA Brive

Le ciel est tourmenté ce mercredi 9 novembre au-dessus de Brive, les nuages turbinent sous le vent et le soleil se fait intermittent du spectacle. J’attends Lucas Pointud pour l’interviewer, en savourant un café au bar lounge le Dix Neuf Cent je converse avec Nathalie, la patronne. En bon professionnel notre homme arrive pile à l’heure. Poignée de main chaleureuse, regard franc, Lucas semble détendu. Ses yeux marrons respirent la gentillesse et je sais déjà que ça va être un très bon moment et une belle rencontre. Nous nous installons en terrasse tandis que d’autres cafés arrivent sur la table et nous commençons.

Allezbriverugby : Samedi c’est Castres, avec un coach comme Urios ça risque d’être un gros combat devant ?

Lucas Pointud : Oui on se prépare, c’est comme d’habitude, il n’y a pas d’équipes avec des petits combats aujourd’hui. On a observé comment ils fonctionnaient, effectivement ça joue beaucoup devant.

Te souviens-tu de ce que tu as ressenti, gamin, quand tu as touché pour la première fois un ballon ovale ?

LP : (il réfléchit un peu) Alors déjà j’ai pas commencé gamin, j’ai débuté vers quatorze quinze ans, je n’ai rien ressenti de particulier, j’ai joué avec les copains tout simplement.

Tu ne t’es pas dit à ce moment-là : tiens il se passe quelque chose ..

LP : Non absolument pas, il se passait même rien du tout. C’était un jeu comme un autre, je faisais du foot le samedi, du rugby le dimanche et puis ça allait très bien. Ensuite, le naturel a pris le dessus, je mettais un peu trop de tampons au foot et pas assez au rugby alors j’ai tout remis dans l’ordre.

Lors de la saison 2010-2011 tu joues au RC Narbonne. Tu arrives alors de Fédérale 1 et en provenance de Béziers, ce fut une saison compliquée, et la saison suivante tu décides de revenir en Fédérale 1, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

LP : D’abord, je ne l’ai pas décidé, ce retour en Fédérale 1 m’a été imposé, je ne crois pas que la marche était trop haute, c’est juste que j’étais un jeune qui arrivait dans un nouveau club et comme ça arrive souvent, je n’ai pas été pris en considération. Alors je suis redescendu à l’étage en dessous pour travailler et progresser avec un groupe.

Est-ce que tu as ressenti ça comme un échec ?

LP : En tout cas, ce n’était pas une réussite, mais ça a été surtout un gros retard pour plus tard, mais je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment. C’est quand même un échec puisque redescendre un palier c’est toujours difficile quand tu as envie de monter en niveau.

Avec le recul, est-ce que tu penses que c’est une expérience qui t’as rendu plus fort et qui te sert aujourd’hui ?

LP : j’ai connu plusieurs coups d’arrêts, ça dépend des tempéraments, personnellement si c’était à refaire, je ferai exactement la même chose, je ne regrette ni les années passées en Fédérale 1 ni en Pro D 2, ni même les années sans jouer au rugby, je ne regrette absolument rien.

Tu as été formé à Chambery, conserve-t-on toujours son club formateur dans son cœur ?

LP : Effectivement je suis natif de là-bas, j’ai été formé là-bas, j’y ai des potes avec lesquels j’ai conservé des liens, mais je ne suis pas spécialement proche du club. En revanche, je garde un œil chaque semaine sur leurs résultats ainsi que pour tous les clubs dans lesquels je suis passé, je regarde.

Tu as signé un contrat avec le Stade Toulousain pour la saison prochaine, est-ce que c’est ta très belle première saison au CAB qui a attiré le regard d’Ugo Mola, ou est-ce ta première sélection en équipe de France ?

LP : Je n’en sais rien, je ne lui ai pas posé la question. C’est de notoriété publique que je suis assez proche de Pierre-Henri Broncan qui fait partie du staff du Stade Toulousain, je pense que c’est surtout lui qui a attiré l’attention sur moi. Je ne connaissais pas Ugo Mola, nous avons eu un contact très simple.

Pourquoi quitter Brive alors que tu es en train de devenir un cadre du groupe ?

LP : Je ne suis pas persuadé d’être un cadre, on espère tous le devenir. Pourquoi je quitte Brive ? Parce que Toulouse ça reste un club qu’on ne refuse pas, ensuite, j’ai joué juste à côté en Fédérale 1 à Castanet et j’aime bien cette idée de revenir dans cette région familière où j’ai appris mon métier. Ensuite, j’ai aussi de solides raisons familiales pour aller là-bas. Mais ça n’a pas été une décision facile à prendre, car de toute ma carrière, je ne me suis jamais senti aussi bien qu’au CABCL.

Tu as une grande complicité avec François Da Ros, est-ce un élément qui pourrait aussi le faire venir à Toulouse ?

LP : Je ne suis pas sûr que ça ait une influence, effectivement on est très complices ici, mais chacun essaie de gérer son avenir et surtout on n’a pas le pouvoir de décider à la place des clubs. Il fera ses choix. C’est un mec que j’adore, je lui souhaite d’avoir un bel avenir, il peut tout à fait l’avoir à Brive comme ailleurs, c’est sûr que jouer avec un mec avec qui tu as déjà des affinités c’est bien, mais je sais aussi que c’est plutôt un gars qui espère s’inscrire dans la durée avec le club.

Les supporters t’ont à la bonne à Brive, as-tu senti un changement d’attitude depuis l’annonce de ton départ ?

LP : Il y a des gens qui sont déçus bien sûr, mais je ne pense pas avoir à me justifier de pourquoi je pars et pourquoi je reste, je pars du principe que les gens qui supportent le club sont ceux qui le font vivre, d’après moi, ce sont les gens qui viennent au stade qui nous font vivre. Maintenant, aujourd’hui ils sont déçus parce que ça se passe bien sur le terrain, parce que j’ai du temps de jeu, mais il ne faut pas oublier que quand un joueur en fin de contrat et un peu moins en vue disparaît du club on râle beaucoup moins parce que ça s’est moins bien passé avec lui. Donc je ne pense pas qu’on ait à se justifier.

Le club recrute régulièrement en Pro D2 voire en Fédérale 1 notamment chez les avants et particulièrement les premières lignes, est-ce une méthode d’avenir selon toi ?

LP : Je pense qu’effectivement c’est une méthode d’avenir, mais pour le staff c’est vraiment un travail très long, c’est difficile de se procurer des vidéos ou des matchs de qualité, de se déplacer, surtout pour la Fédérale 1, ce n’est pas la voie de la facilité en tout cas. Je pense que Brive est le club le plus fourni en joueurs issus de PRO D2 et de Fédérale 1, il y a Damien Jourdain, Da Ros, moi, Thomas Acquier avec qui j’ai joué en Fédérale 1 à Béziers, Karlen Ashiesvili, Saïd Hirèche aussi, aujourd’hui tu as Vivien et Soso qui montrent de très belles choses, ce sont deux gros potentiels, et je pense que les gens ne seront pas déçus de les voir évoluer. Mais même au niveau du club, des jeunes formés ici, tu as les jeunes Damien Lavergne et Louis Acosta qui promettent, ça va payer bientôt. Avec les lignes arrières, tu as beaucoup moins de monde en provenance des divisions inférieures. Mais je trouve que ce que fait le club est admirable, parce qu’ils font des paris, et c’est costaud de leur part parce qu’ils ont été très peu en échec sur leurs paris. Quand on est un club qui joue le maintien je trouve qu’il faut avoir des couilles pour parier sur autant de mecs comme nous.

C’est aussi la preuve d’une certaine expertise au niveau du recrutement ?

LP : Ah ça c’est sûr, ils sont trois dans le staff, il faut trouver les mecs, il faut tomber d’accord, il faut trouver le temps de gérer, de manager et d’entraîner, en parallèle il faut te bouffer tout le travail d’analyse sur les mecs que tu veux aller chercher, parvenir à déterminer si le gars possède la capacité à évoluer et s’intégrer au groupe, je trouve que c’est remarquable.

Justement, est-ce que l’esprit du groupe n’est pas la plus grande richesse du club ?

LP : Effectivement, Brive n’est pas le club le plus attractif du point de vue du salaire, mais le club sait dénicher des joueurs qui ont été en souffrance à un moment dans leur carrière, le CAB sait bien jouer là-dessus, et ce n’est pas malsain de dire « jouer là-dessus », parce qu’ils prennent des mecs, ils les respectent, et ils les montent à un niveau supérieur, à partir de là c’est un deal qui est très clair et c’est du gagnant/gagnant.

Le CABCL a changé de président samedi dernier en plein championnat, est-ce que ça a surpris le groupe ou est-ce un non évènement ?

LP : Je ne dirais pas que c’est un non évènement parce que Jean-Jacques Bertrand a beaucoup œuvré pour le club avec Simon Gilham, nous joueurs, les raisons du pourquoi et du comment on ne les connaît pas et je dirais même que ça ne nous regarde pas. Ce que je peux dire c’est que j’ai connu des clubs où les présidents étaient très peu présents, alors quand tu as comme ici un président et un vice-président qui sont autant présents, parce qu’on les voit vraiment tout le temps, et bien on est pas choqués de voir cette succession. Et on sait qu’on continuera de voir les deux dans le sillage du club. Et eux aussi nous tirent vers le haut.

Dans la région il y a des initiatives autour du CAB, cela va de Pierre Blanc avec sa marque « Ici c’est la Corrèze » au site Allezbriverugby.com en passant par Gaillard Man, as-tu observé des choses similaires dans les villes que tu as fréquentées ?

LP : Non, il faut avouer que certaines personnes prennent les choses à cœur ici, je trouve ça très bien, ce n’est pas courant. Le tout c’est de vraiment fédérer, se retrouver avec plusieurs clubs de supporters ce n’est pas grave s’ils vont tous dans le même sens, nous joueurs nous ne sommes pas assez proches de ça pour être affirmatifs mais j’ai l’impression que ça se passe bien ici. Les supporters vivent des émotions au travers de ce que l’on donne sur le terrain, je trouve que c’est sain et positif.

Justement, en parlant de Gaillard Man, à quel poste le verrais-tu évoluer ?

LP : (Il se marre) Je ne le connais pas assez, mais je préfère avoir Da Ros quand-même au talonnage (encore des rires) donc du coup je ne sais pas …

Il a plutôt une morphologie de trois-quart …

LP : Oui mais on sait que c’est de la gonflette ! (il redouble de rire avec un regard bienveillant) …

Donc, peut-être demi de mêlée alors ?

LP : Je suis pas sûr, Teddy et JB sont costauds quand-même, je pense que ce serait compliqué pour lui.

Il doit continuer à s’entraîner alors ?

LP : Oui encore un peu je pense (sourires)

Quel plat local vas-tu emmener à Toulouse ?

LP : J’aime bien la mique, des trucs comme ça, mais vu que je ne cuisine pas je ne vais rien emporter du tout. Je vais m’adapter à la gastronomie toulousaine que je connais déjà, c’est aussi ça l’intérêt de ce sport, quand tu bouges tu découvres de nouveaux plats. Mais au CAB, nous les gros, nous faisons régulièrement un repas, une fois par mois en général, c’est l’occasion de se retrouver autour d’une spécialité, nous allons parfois au restaurant pour cette occasion, nous sommes allés une ou deux fois au Brassens, mais sinon c’est chez l’un chez l’autre, et on apporte ce qu’il faut.

Que retiendras-tu du CABCL ?

LP : Déjà je ne suis pas parti, je ne compte pas partir avant la fin, je veux vivre cette aventure à fond jusqu’au bout alors, je ne veux pas commencer à réfléchir à ça, je verrais quand je partirai, mais là, ce n’est pas d’actualité. J’espère que ça se voit sur le terrain, que les supporters ne seront pas déçus, jusqu’au bout. Si certains avaient des doutes, j’espère qu’ils n’en auront plus.

Connaissais-tu avant aujourd’hui le site Allezbriverubgy.com ?

LP : Oui, sur les réseaux j’ai déjà vu ce site, ça m’est arrivé, mais je n’ai pas le temps de trop suivre tout ce qui se dit sur le CAB.

Pour finir Lucas, un mot pour les supporters ? Comment les trouves-tu ?

LP : Je pense qu’on a pas à juger les supporters, parce que déjà ils sont là, comme je l’ai dit, ce sont eux qui nous font vivre alors ils ont le droit d’être comme ils veulent. Eux ils payent pour venir nous voir alors j’estime que ce n’est pas à nous de faire des retours. En revanche, s’ils ne sont pas satisfaits, ils ont le droit de l’exprimer. Je trouve que c’est un public assez vivant, j’entends ou je lis souvent des critiques de personnes extérieures au club qui disent que c’est un peu éteint, je trouve qu’il y a pas mal d’endroits où c’est beaucoup plus éteint que ça, les supporters poussent quand-même très fort derrière nous. C’est à nous de réveiller le public, on ne doit pas attendre que le public nous réveille.

C’est un point de vue intéressant car on entend aussi le discours qui maintient que le public doit être présent quand l’équipe est dans le dur avant d’être fort quand ça va bien.

LP : On ne va quand-même pas les engueuler de ne pas être contents quand on ne produit pas de beau jeu ou que l’on est pas bons. Ils ont le droit d’être mécontents quand ça ne va pas et de montrer leur joie quand ça se passe bien. Déjà ils sont là, présents au stade, et pour moi c’est ce qui est important.

 

Un grand merci à Lucas et à Sébastien pour avoir réalisé cet entretien sans langue de bois et très sincère. Après quand on voit évoluer ce joueur lors des entrainements, c'est souvent un spectacle à lui tout seul (surtout quand il faut "ne pas" ranger le matériel (avec le spécial "Nadir viens là !"). On ne doute pas une seconde qu'il tiendra la baraque jusqu'à la fin de la saison comme il le fait depuis un an et demi.

Continue comme ça Lucas et amène ta joie de vivre, ton humour, tes blagues partout où tu seras.

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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