Que deviens tu Lucas Pasteau ? La reconstruction #3
Publié le jeudi 16 novembre 2017 à 06:00

Le rebond est compliqué après un tel évènement, une telle blessure. Mais la vie continue, sur une autre voie que celle envisagée au départ. Mais avant de s'y engager pleinement, il faut se reconstruire. Lucas l'a fait, à la fois seul mais aussi en équipe.

Mardi, Lucas Pasteau vous relatait ses premiers pas dans le rugby et ensuite au CAB. Puis, hier vient le moment de parler de sa blessure, de son accident. Aujourd'hui, c'es le temps de la rééducation et de la reconstruction.

 

L’après c'est la rééducation et tout le reste. Dès le mois de juin, tu sors de l’hôpital et tu intègres le centre de rééducation de Montpellier où tu vas séjourner durant 14 mois, jusqu’en août 2012. Pourquoi Montpellier et pas un autre centre ?

En très bonne forme avant l’accident et opéré dès le vendredi dans la nuit, j’ai eu la chance de ne rester que deux semaines en réanimation. L’objectif était d’intégrer un centre de rééducation au plus vite, et c’est à Montpellier, à Propara, un centre spécialisé dans la rééducation des blessés médullaires, qu’une place s’est libérée.

 

Comment s’organise la vie dans un tel établissement ?

La vie est rythmée par les soins médicaux et la rééducation, celle-ci prenant, au fur et à mesure de la récupération, une place plus importante. Nous sommes entourés par beaucoup de personnes : les médecins, les infirmières, les aides-soignantes, les kinésithérapeutes, les ergothérapeutes, le professeur de sport mais aussi l’assistante sociale et une psychologue pour ceux qui en ont besoin.

 

Une rééducation, ce doit être une période compliquée à vivre, au départ. On est sans doute impatient d’obtenir des résultats probants, on doit souffrir le martyr, vouloir aller au-delà de ses limites et faire plus que ne le demandent les soignants. Peux-tu en parler ?

Le début a été très difficile à vivre. Tout s’écroule autour de soi et du jour au lendemain, je me suis retrouvé à ne plus pouvoir bouger et surtout à me dire que je ne pourrais plus jamais jouer au rugby. Irrémédiablement, je me posais beaucoup de questions mais l’une d’elles revenait toujours : pourquoi moi ? Pour sortir de cette situation, il est important de penser positivement et d’aller de l’avant, ainsi, petit à petit, le nombre et la durée des séances de kiné ont augmenté puis sont venues s’ajouter des séances d’ergothérapie et de sport. J’ai eu la chance de tomber sur une bonne kiné. Mon passé de sportif m’a alors beaucoup servi car j’étais très volontaire et j’ai beaucoup travaillé en rééducation. Les progrès sont venus petit à petit. J’ai retrouvé aussi, peu à peu, des sensations dans mon corps puis j’ai gagné en force et j’ai enfin réussi à me mettre debout avec des attelles, pour la première fois, un an après mon accident. C’est, cependant, toujours aussi rageant de voir que je n’évolue pas aussi vite que je le voudrais mais il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier : c’est qu’il y a toujours pire que soi. Aujourd’hui, j’ai retrouvé une grande partie de la mobilité du haut du corps. J’arrive aussi à me tenir debout et à marcher de façon autonome avec un déambulateur lors de séances que je m’impose.

 

Quel genre de relations avais-tu avec les autres résidents du centre ? Une vie sociale devait s’organiser, je présume. As-tu gardé des contacts avec tes anciens copains de galère et si oui, qu’évoquez vous quand vous avez l’occasion de converser ?

Dans ce centre, nous sommes tous dans des situations assez délicates mais il nous arrive d’en rire. Je suis arrivé au centre à une période où il y avait beaucoup d’autres jeunes. Nous avons passé de bonnes soirées ensemble ainsi qu’avec le personnel soignant. Je n’ai pas eu l’occasion de les revoir mais j’ai gardé le contact avec certains d’entres eux et dernièrement, je suis revenu au centre pour donner de mes nouvelles au personnel soignant.

 

Comme d’habitude, si tu as envie d’aborder une autre question sur ce thème, c’est le moment d’en parler

Je tiens une nouvelle fois à remercier ma famille, mes amis, entraîneurs et connaissances pour le soutien qu’ils m'ont apporté, sans oublier le nombre incalculable de messages que j’ai pu recevoir sur Facebook ou sur mon portable, de la part de connaissances et d’anonymes. Des ballons, maillots et drapeaux dédicacés ont tapissé les murs de ma chambre, ce qui n’était pas toujours du goût de la direction et du personnel médical mais je leur ai fait comprendre que je ne voulais pas me séparer de ces cadeaux. Le médecin et quelques joueurs de Montpellier sont venus me rendre visite et j’ai pu également assister à plusieurs de leurs matchs, notamment un contre Brive, au mois de septembre 2011. J’étais, à cette occasion, au bord du terrain, auprès des entraîneurs et des joueurs. Cela reste un bon souvenir pour deux raisons : la première est que nous avons gagné et la seconde est que c’était ma première sortie depuis mon arrivée au centre de rééducation en juin. Je veux aussi rajouter que toutes les personnes et associations citées, ont eu une part importante dans mon processus de rééducation et je les en remercie.

 

Aujourd’hui, Lucas a 22 ans. S’il est toujours en fauteuil roulant, il vit malgré tout de façon tout à fait autonome et poursuit ses études à Chambéry où il vit de façon indépendante et pratique le rugby-fauteuil au club sportif de Bourgoin Jallieu Handisports. De tout cela, il nous en reparlera prochainement. En effet, la richesse de sa vie et des projets de ce jeune homme valent bien que nous lui consacrions une nouvelle page sur le site de allezbriverugby.com.

 

Jean Elhinger, Chroniqueur
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