Derrière les poteaux : Carburant #43
Publié le mardi 6 novembre 2018 à 06:00

Face à Nevers, Brive n'a pas eu de retard à l'allumage et le moteur s'est rapidement mis à chauffer et à tourner à plein régime. Mais cette cylindrée est encore jeune et manque de roulage. Il a fallu passer à la pompe en deuxième période et la note a été un peu épicée.

Le choc du haut de tableau a donc tenu toutes ses promesses. Six essais, des échappées, des émotions, une standing ovation pour Saïd Hirèche, un carton plein pour Thomas Laranjeira et de la bonne humeur qui dégoulinait des travées entravées d’Amédée Domenech.

Et pourtant, les jours précédents, les futurs visiteurs, par l’entremise de leur manager n’étaient pas les derniers à la ramener, tout prêt qu’ils étaient de vendre la peau du zèbre avant de l’avoir occis. Il faut dire que les représentants de la Nièvre possèdent des arguments. Le plus gros budget, un recrutement de qualité, et une place de leader. Autant dire que les joueurs de Xavier Pémeja désiraient l’emporter en Nevers et contre tous en terre corrézienne.

Mais les désirs se travestissent parfois en cauchemar et l’entame du match laissait les leaders sur le cul et le souffle coupé. Le stadium avait déjà chanté deux fois les sardines (oups, pardon, à nos souvenirs) et les visiteurs commençaient à se sentir un peu malmenés. Mais déjà le trou était fait, et ce qui attendait ceux qui étaient encore premiers au classement allait s’avérer plus dur que d’escalader la roche de solutré.

Le temps de la pause citron permettait aux supporters de se frotter les yeux pour vérifier qu’ils ne rêvaient pas et qu’ils ne figuraient pas tous dans un épisode inédit de The Twilight Zone. Zouzou pouvait s’en donner à cœur joie et galipetter (faire des galipettes, et non flatuler) en faisant le tour du terrain. Un terrain qui avait dû être exorcisé peu avant par un professionnel de l’anathème car pas une seule insulte n’avait émergé du linceul d’Amédée Domenech en cette soirée rugbystique. Les oiseaux de mauvais augure semblaient s’être posés ailleurs, sur d’autres arbres, sous des cieux plus cléments. Point donc de quolibets en rafales, ni de noms de ces même oiseaux mal embouchés. On en viendrait à souhaiter l’ouverture du stade aux chasseurs pour en finir avec ces volatiles peu fréquentables.

Sous des cieux obscurs, les visiteurs se trouvaient toujours sous l’essieu de la bétonnière cabiste à la reprise. Mais on n’est pas leader par hasard. La révolte a bien lieu, la défense briviste aide bien en laissant quelques belles portes ouvertes, mais fort heureusement, les percées adverses ne finirent jamais à dame.

Mais le CAB connaissait une forte baisse de régime, son carburant que l’on imaginait être du kérosène en première période prenait des tournures et des senteurs de gasoil poussif. Bref, une équipe qui roule au deux-temps, un temps fort, un temps faible. Tant qu’à faire, il vaut mieux rouler au kérosène puisqu’il n’est pas taxé, lui.

Il était donc dit que les bancs écriraient la fin de l’histoire. Les noirs et blancs se voient tout beaux, avec une belle avance ils sont les nouveaux tauliers de la Pro D2 et s’amusent avec le bonus offensif. Un peu trop. Nevers est blessé, Nevers se sait battu, mais laisser le bonus à l’adversaire serait humiliant. Le presque ex leader se croyait déjà légende, il ne veut pas finir en mythe errant. D’autant que la première place est désormais pour eux caduque de Nevers.

Tel un barrage fissuré, la défense corrézienne plie et rompt par deux fois, et dans ce flot de points s’en alla le bonus submersible qui repose sans doute, quelque part sur les fonds sablonneux de l’histoire de la ProD2.

Thomas Laranjeira, intenable, fait encore une fois le boulot, impeccable en défense, très fiable au pied, et au moins à l’origine de deux essais. Il totalise désormais 800 minutes de jeu, c’est très bien. Mais attention à l’usure. Le poste dix s’est montré aussi à son avantage, et c’est un vrai plaisir de voir un pur produit de la formation corrézienne aux manettes sur un gros match décisif. Bravo à Enzo Hervé que l’on espère voir plus souvent. Il se murmure dans les travées qu’avec Hervé à l’ouverture et Olding au centre ça pourrait faire mal.

Le CAB a assuré, et rassuré. Mais le fantôme de Massy plane toujours. Attention aux excès de confiance. Mais le chemin est un peu plus dégagé.

Reste plus qu’à refaire le plein du réservoir, pour éviter le coup de pompe.

 

 

Photos : Breniges FM

 

Sébastien Vidal, Chroniqueur
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